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Brutus

Brutus

Publiée le 25 novembre 2013  

C'est l'histoire de Brutus. Brutus seul dans l'arène, Brutus le conquérant, Brutus face à mille vierges qui, le cul et les seins nus, attendent d'être déflorées.

– Brutus, Brutus ! scandait la foule.

L'amphithéâtre était plein à craquer. Bien qu'il fût encore tôt, une chaleur terrible régnait déjà. Le velum, bien tendu au dessus des spectateurs, avait beau leur procurer un peu d'ombre, ils étaient tous en sueur, aussi bien les riches, dans les gradins d'en bas, que les pauvres, assis en haut. Hommes et femmes se confondaient dans la mêlée. Tous, ils trépidaient, attendant de vivre par cet homme ce qu'ils n'auraient pas osé fantasmer.

– Brutus, Brutus !

Lui, la peau huilée et le sexe dressé, se concentrait. Un genou en terre, il priait les dieux. Il les suppliait de lui accorder les forces cosmiques, qui seules, lui permettraient d'accomplir cet exploit.  La veille, il avait sacrifié un taureau à Vénus, déesse de l'amour et de la beauté, et à son fils, Eros,  maître des désirs. Agenouillé dans l'arène, il murmurait leurs noms ; et il s'efforçait de s'imprégner de la puissance du soleil, espérant que les rayons bienfaisants de Phoebus multiplieraient sa force quand le zénith viendrait.

Depuis des semaines, il n'avait pas touché une femme. Il avait voulu, avant d'attaquer, atteindre le plus fort de son désir. Et il sentait, dans son membre tendu, dans ses testicules dilatés, toute la vitalité de la semence qui ne demandait qu'à se répandre.

– Brutus, Brutus !

Face à lui, sur le sable chaud de l'arène, mille vierges attendaient.

Il y en avait pour tous les goûts. Brunes, blondes, et rousses, grandes ou petites, minces et grasses. Des beautés, des laiderons. Il y avait des peaux de lait, et des chairs d'ébènes brillant au soleil. Les unes avait gardé une tunique blanche, n'exposant que leurs seins et leurs cuisses. Les autres, complètement nues, s'exhibaient dans la lumière. Elles étaient allongées, assises, à genoux. Et elles jouissaient d'être ainsi livrées au regard de tous ces bons citoyens.

– Brutus, Brutus !

La foule s'impatientait. Ils avaient assez contemplé cette forêt de culs, de seins et de poils. Ils étaient tous en attente. Les hommes bandaient presque autant que Brutus. Entre les cuisses, les femmes étaient mouillées comme si elles avaient été nues dans l'arène. Il était temps que le colosse passât à l'action ; il fallait que le sang coulât. Ils se mirent à hurler.

– Brutus, Brutus !

Les encouragements de la foule le galvanisaient. Il sentait que le moment était venu. Il se leva. Il était nu, et ses muscles saillants brillaient au soleil. Armé de sa seule verge, il se dirigea vers ce peuple de femmes qui n'attendaient que lui.

Les vierges frémirent ; la foule exulta.

– Brutus, Brutus !

De la main droite, il vérifia la dureté de son érection. Les premières pucelles se levèrent, pour lui éviter d'avoir à se pencher vers elles, et, haletantes, elles lui présentèrent des fesses rondes et une fente humide. Dans le public, les hommes se tendirent en avant, tandis que les femmes serraient les cuisses.

– Brutus, Brutus !

La première fut comme un étau liquide pour son vit gonflé à l'excès ; la deuxième, un fourreau de velours ; la troisième, un cercle de soie. Il les transperçait d'un seul coup, de son vaillant braquemart. Et cette épée terrible ne plongeait qu'une seule fois dans les profondeurs rouges de chaque vierge. C'était une frustration et un délice sans cesse renouvelés. Il se retenait d'aller et venir en elles ; il devait garder intacte toute son énergie. Chacune se fendait à son passage. Cul après cul, il continuait. Il s'enfonçait avec violence, poussait un grognement, sortait ensanglanté, et allait se forcer une voie nouvelle entre deux cuisses. Toutes, elles se donnaient à lui pour être dévastées, et il était Jupiter, dieu de la foudre et chasseur de femmes.

– Brutus, Brutus !

Le public était en transe. Tous regardaient ; on ne perdait pas une miette du spectacle, de cette verge rougie qui, femme après femme, poursuivait sa mission sacrée. Les hommes auraient voulu être à la place du héros et prendre toutes ces vierges. Les femmes, horrifiées et émoustillées, s'imaginaient dans l'arène, offertes au colosse, sur le point d'être traversées par cette érection magnifique. Et chacun se rapprochait de son voisin, de sa voisine. Les cuisses se frôlaient, les mains s'égaraient. La chaleur montait. Ils suaient comme jamais. Et toujours, ils regardaient.

– Brutus, Brutus !

Dans la trente-huitième, Brutus s'oublia. Il fut aveuglé de chaleur et de lumière, une décharge le parcourut. Son sperme gicla, se mêlant au sang de la défloration. C'était trop tôt ; il s'en voulut. Il perdit quelques précieuses minutes, s'affairant de la main droite, pour remettre l'engin au garde à vous. Le public était au comble de l'excitation. On prenait des paris pour deviner quelle vierge aurait le privilège de la prochaine éjaculation. Des envies de luxure terrible leur venaient. Les hommes ne prenaient même plus le prétexte d'un grain de sable pour plonger la main dans le décolleté de leurs voisines, trop heureuses de se laisser faire.

– Brutus, Brutus !

Et de nouveau, Brutus poursuivait son chemin de vierges. L'une après l'autre, elles se penchaient, tremblantes, et cambraient le cul pour recevoir l'hommage de ce glorieux satyre. C'était un honneur pour elles d'avoir été choisies pour être données à cet homme, dans cette arène. Tournées vers lui, elles le guettaient, ne quittant pas des yeux ce vit dressé sur le point de les transpercer. Et quand approchait l'instant fatal, elles attendaient la défloration avec effroi et délectation.

– Brutus, Brutus !

Déçue, la cent quarante et unième se redressa. Ça n'avait duré qu'une seconde. Comme une flèche brûlante entre ses cuisses. Pas de plaisir, évidemment. Et même, ça ne faisait pas si mal. C'était donc là le sexe d'acier qu'on lui avait tant vanté ? Comme les précédentes déflorées, elle se rassit sur le sol. Une trainée rouge coula sur sa cuisse et dégoulina lentement sur le sable, qui avala aussitôt le sang répandu. Elle soupira, repoussa une mèche de cheveux blonds, s'appuya sur un coude, et regarda du côté de sa voisine.

– Brutus, Brutus !

Les spectateurs étaient déchainés. A présent, ils se tripotaient les uns les autres, sans nulle discrétion. Mais jamais ils ne quittaient le spectacle des yeux. Ils comptaient les vierges vaincues. Ils criaient toujours, malgré la soif terrible qui leur était venue. A la deux-centième, la clameur reprit, plus forte. Brutus allait toujours ; il semblait infatigable.

– Brutus, Brutus !

Le numéro 142 était une belle brune, parfaitement nue, assise en tailleur. On pouvait voir son sexe ouvert, ourlé de poils sombres, et d'où coulait une liqueur rougeâtre, mélange de sang et de secrétions. La blonde rougit et serra les cuisses ; la brune lui rendit son regard. Et, avec un petit sourire impertinent, fixant toujours la jolie blonde, elle alla cueillir entre ses cuisses, du bout du doigt, une goutte. Lentement, elle se lécha le doigt.

– Brutus, Brutus !

Il commençait à avoir mal, très mal. Comme si sa verge était en feu. C'était le frottement, évidemment. Il ne fallait pas y penser, il fallait continuer. Les rayons violents du soleil surchauffaient son crâne. Il repoussa la sueur sur son front, attaqua la suivante. Avait-il dépassé la moitié ? Bientôt, bientôt, il aurait dépucelé cinq-cents vierges. C'était déjà un exploit. Continuer, continuer. Et toujours, son peuple l'encourageait.

– Brutus, Brutus !

Elle avala sa salive, les yeux agrandis. Comme elle s'était touchée ! Comme elle l'avait regardée !Elle fut prise d'un sursaut de pudeur tardive, et elle se détourna. Mais toujours, elle revoyait en son esprit ce doigt rougi et cette bouche gourmande. Un frisson descendit le long de son dos. Elle n'osait plus regarder du côté de la brune, et elle avait conscience de sa propre indécence. Sa tunique de lin laissait voir ses seins, roses et blancs comme un rêve d'adolescent. Elle sentait encore, entre ses cuisses, comme une douleur sourde.

Lorsqu'une main se posa sur son épaule, elle ne fut pas surprise.

– Brutus, Brutus !

C'était presque un gémissement, à présent. La foule était en rut. Les pulsions l'avait emporté. L'orgie régnait sur les gradins. Des hommes s'embrassaient à pleine bouche ; on se branlait sans presque se cacher ; quelques femmes avaient relevé leur toge pour prendre place sur les genoux et l'érection de leur voisin. Et au cœur de leurs ébats, ils regardaient toujours Brutus, ils étaient Brutus à la verge ardente, et ils jouissaient avec lui.

– Brutus, Brutus !

D'abord, la blonde avait résisté. Elle avait fermé les cuisses, rajusté sa tunique. Mais toujours, les mains de la brune revenaient sur sa peau, sous le tissu ; elles la parcouraient toute entière et  inventaient en elle des sensations nouvelles. Et bientôt, ce fut sa bouche, aussi. Elle était partout : sur ses seins, le long de ses cuisses, dans sa nuque, frôlant son sexe, de ses belles mains aux doigts fins et audacieux et de sa bouche rouge qui la léchait et la mordait. Un soupir s'échappa de ses lèvres. Brutus était oublié. La blonde se laissa glisser sur le sol, et ses seins frottèrent le sable.

– Brutus, Brutus !

Brutus, harassé, ramonait toujours. Sur les gradins, l'orgie battait son plein. Dans l'arène, la brune avait vaincu la blonde. Les chevelures s'étaient mêlées, crinière d'or et de nuit, et elles étaient comme une bête fabuleuse, quatre jambes, quatre bras, une seule bouche. Le sable rougeâtre dessinait des motifs étranges sur leur peau nue. Leurs voisines les regardaient, fascinées.

– Brutus, Brutus !

Il n'en pouvait plus de tous ces culs, ces poils, ces sexes qui le dévoraient. Son érection, de moins en moins vaillante, menaçait de le déserter. Et pourtant il continuait, il allait encore, couvert de sang et de glaire. La foule, il le savait, épiait la moindre de ses défaillances. Brutus, pour avancer, rêvait à son triclinium. S'allonger, enfin, dans la fraicheur méritée, et ne plus jamais baiser.

– Brutus, Brutus !

Le cri était fatigué. Il faisait plus chaud que jamais, et une odeur fauve s'exhalait des corps épuisés. Dépenaillés, en sueur, ils avaient cessé leurs ébats, incapables de poursuivre, et ils regardaient toujours. Ils étaient exténués, mais sans indulgence, bien au contraire. Ce qu'ils n'avaient pas pu faire, lui se devait d'y parvenir. Il serait le plus fort, celui qui allait jusqu'au bout et les entrainait dans sa victoire. 798, 799, 800 ! Ils reprirent de plus belle.

– Brutus, Brutus !

Oui ! C'était tout ce qu'elle pouvait crier, encore et encore, tandis que ces doigts de fée la pénétraient, la faisaient vibrer toute entière. Des sensations violentes naissaient d'elle ; elle s'ouvrait au monde. Les yeux fermés, elle écartait les jambe autant qu'elle pouvait, et la pensée de tous les spectateurs accroissait encore son plaisir. Ça grandissait en elle, dans son ventre, remontant ses cuisses en filaments électriques, jusqu'à posséder son esprit. Ses pensées s'échappèrent en fragments. Oui ! Prends-moi, déchire-moi, dépossède-moi, fais-moi mal, fais-moi jouir, fais-moi filer ardente comme les étoiles du ciel !

– Brutus, Brutus !

Un verre d'eau ! Un simple petit verre d'eau pour étancher sa soif et rafraichir ce sexe douloureux. Brutus se concentrait sur cette image. Il marchait comme dans un rêve, il pénétrait les vierges sans les voir. Il voyait le verre d'eau, il le rêvait bien frais ; et même, pourquoi pas, une carafe !

– Brutus, Brutus !

La blonde, au bord des rivages d'or, se cambra vers le ciel.

Le public trépignait en comptant les dernières.

Brutus en prit encore une, fit trois pas, et il s'écroula. La neuf-cent quatre-vingt-treizième resta le cul en l'air, vaine.

– Brutus, bouffon ! rugit la foule.

Et les lesbiennes se roulaient sur le sable.

***

Cette nouvelle vous est offerte par la très talentueuse Julie Derussy, auteur aux Editions la Musardine et illustrée par sa sœur Pauline.  La création est un don qui coule dans le sang des Derussy :-)