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A force de céder sur les mots

A force de céder sur les mots

Publiée le 28 mai 2014  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au début, Judith n’était pas d’accord. Pas question d’inviter Fabien à leur sacro-saint repas en amoureux. Quand Judith retrouvait Thomas à la sortie de son travail, généralement le vendredi midi, ils déjeunaient en ville, parfois dans un de leurs restaurants préférés, parfois au petit bonheur d’une aventure culinaire. Mais cela se terminait toujours par une sieste crapuleuse à l’hôtel pour faire le plein d’amour et de sexe loin des contingences domestiques. Une après-midi de congés au dépend des vacances scolaires, une chambre d’hôtel sur le budget mensuel, c’était un luxe inouï volé au quotidien, une folie d’amants alors qu’ils étaient mariés depuis cinq ans, mais pourtant une nécessité pour leur couple. Entre les semaines marathons et les contraintes familiales du week-end, ils n’avaient jamais pu se résoudre à cloisonner leur sexualité entre les quatre murs de leur chambre à coucher le samedi soir de onze heures à minuit. L’un et l’autre avaient toujours eu besoin d’air.

Judith avait rencontré Fabien à un vernissage, au cours d’une de ses sorties en solo tandis que Thomas gardait les enfants, et à charge de revanche. Elle avait eu la chance d’être invitée à cette soirée mondaine par l’artiste en personne, talentueux au point que sa production soit qualifiée de transgressive plutôt que pornographique. Ce sémillant quinquagénaire avait sans doute plus d’une idée derrière la tête, car Judith ne comptait plus le nombre de fois où il lui avait demandé de poser nue, entre autres propositions plus explicites qu’elle évacuait d’un rire mutin. Toujours est-il qu’elle s’était retrouvée ce soir-là, une coupe de champagne en main, devant une sorte de déflagration obscène de corps superposés dans le temps et l’espace, comme une série de photos pornographiques prises sur une même pellicule argentique. Au cœur de cette composition déstructurée, le jeu des ombres laissait percevoir deux sexes emboités.

« J’imagine que c’est ce qu’on appelle une explosion des sens. »

Une voix pure et sonore avait vibré au-dessus d’elle. Judith leva la tête vers un homme grand et souriant dont les yeux doux, vibrants d’intelligence, la captivèrent aussitôt.

«  En effet, la composition semble tourner autour d’un point central, plus sombre, où on devine un coït.

- Finalement, on ne sait pas combien ils sont, ajouta-t-il.

- On est ici dans l’onirique, la limite des corps se perd à la périphérie de l’œuvre.

- Dans l’onirique ou la psychose, quand le corps n’a plus de limites.

- La psychose ou le fantasme, encore vague, avant de se préciser.

- Oui, c’est ça, le fantasme avant qu’il ne se réalise avait-il avancé, concluant leur passe d’arme par un frôlement de sa main sur le bras de Judith. »

La jeune femme, plongée dans la contemplation de cette œuvre, concentrée à suivre les traits des corps enchevêtrés pour échapper au trouble qu’elle ressentait déjà, sans doute à cause du champagne qu’elle n’aurait pas dû boire à jeun, avait sursauté sous ce contact furtif, et renversé un peu de champagne sur le pantalon de l’inconnu. Elle s’était aussitôt confondue en excuses. « Ne vous inquiétez pas, le champagne c’est comme la cyprine, ça ne tache pas, avait-il plaisanté sur un ton goguenard. 

- Vous semblez vous y connaitre.

- Non, je fanfaronne.

- Méfiez-vous tout de même des odeurs persistantes, insinua-t-elle.

- L’image d’Épinal des femmes qui se parfument d’une goutte de champagne derrière l’oreille n’est que pure coquetterie.

- Je ne parlais pas du champagne mais du chemin glissant dans lequel vous vous étiez engagé.

- Glissant ? Déjà ? Je n’imaginais pas produire un tel effet.

- Ne soyez pas trop présomptueux. Nous sommes aussi entourés d’œuvres susceptibles de déclencher toutes sortes d’émotions esthétiques.

- Vous avez parfaitement raison, avec vous à mes côtés, j’en ressens aussi les prémices. Permettez-vous que nous visitions ensemble cette exposition ?

- Avec plaisir.»

Ainsi Judith et Fabien avaient-ils poursuivi leur jeu de séduction jusqu’à la fin du vernissage, qui s’était conclu par un baiser sensuel et la promesse de se revoir. Judith avait hésité à raconter cette délicieuse aventure à Thomas, de peur de blesser son mari malgré la liberté qu’il lui avait toujours laissée. Quoiqu’elle vive par ailleurs, son amour pour Thomas demeurait intact, elle savait le lui dire et surtout le lui montrer. Ainsi, se savoir être toujours le roi de cœur de sa femme rassurait assez Thomas pour juguler d’éventuels accès de jalousie. La jalousie, c’est la peur de perdre l’être aimé quand on n’a pas confiance en soi. Judith avait si bien su rassurer Thomas que le récit de ce vernissage avait fini par émoustiller son époux imaginatif et éveiller chez lui quelques idées coquines. De là à lui faire rencontrer Fabien, il y avait un pas qu’elle n’était pas prête à faire. Mais à force de céder sur les mots…

« Tu t’imagines au restaurant, assise sur la banquette en face de moi, avec Fabien à tes côtés ?

- Difficilement.

- C’est un homme si cultivé, nous ne manquerions pas de sujets de conversation.

- Certes.

- À un moment, tout proche de toi, sa cuisse frôlerait sans doute la tienne. Que fais-tu ?

- Je te fais du pied.

- Je te le rends volontiers. C’est si bon de sentir ton désir. Tu me fais du pied comment ?

- Je remonte ma jambe le long de ton mollet, et je la tends pour que tu l’attrapes entre tes mains. J’aime sentir tes doigts sur moi.

- J’adore quand tu fais ça. Tu me tends ta jambe gauche, parce que Fabien est à ta droite.

- D’accord.

- Moi, je défais discrètement ton escarpin.

- Coquin !

- Toujours. Heureusement qu’il y a une nappe. J’avance assez ma chaise pour que tu puisses poser ton pied entre mes cuisses, en avançant aussi ton bassin au bord de la banquette.

- Je crois que je sentirais quelque chose de dur, d’aussi dur que ce que j’ai en ce moment entre mes fesses. »

Lovée dans les bras de Thomas, le dos tourné vers lui dont elle sentait l’érection têtue entre ses fesses nues, Judith ondulait comme une naïade dans un bassin, chaque mouvement de ses reins excitant davantage la verge tendue. Thomas arrêta un moment de parler à l’oreille de Judith pour humecter de salive son gland vermillon, afin de mieux le faire glisser tout au long de la raie de son épouse. Dehors, le soleil estival lui aussi au zénith, parvenait à s’insinuer entre les rideaux tirés jusqu’à jeter quelques rayons dorés en travers de la chambre d’hôtel, et qui venaient lécher leur peau humide de sueur.

« Oui, mais je crois que Fabien interprèterait autrement ton changement de position, remarqua Thomas.

- Ah oui ?

- Il pose sa main sur ta cuisse. Que fais-tu ?

- Je te dis que je t’aime.

- Comme ça, à brule pourpoint, au milieu de notre discussion philosophico-artistique ?

- Du bout de mes lèvres silencieuses pendant que vous vous écoutez parler. Tu sais bien lire « je t’aime » sur mes lèvres n’est-ce pas ?

- Oui, même dans le noir. A partir du moment où tu me dirais que tu m’aimes, je saurais donc qu’il a commencé à te toucher.

- Oui.

- Comment ?

- Sa main est sur mon genou.

- Et elle remonte lentement le long de ta cuisse, d’autant plus que tu portes une petite robe noire.

- C’est ça.

- C’est déjà l’été, il fait assez chaud, et pour une fois tu as les jambes nues.

- Si tu veux.

- Alors sa main glisse sous ta robe.

- Oui, Fabien me trousse complètement sous la table car nous sommes protégés des regards par une longue nappe blanche.

- Ça tombe bien, j’en profite pour ouvrir ma braguette, histoire de mieux te faire sentir combien je bande.

- Je le sens bien, ta queue est raide, bien dure entre mes… orteils.

- Je la sors complètement pour te laisser jouer avec sous la table.

- Je te branle avec mon pied comme je te branle maintenant avec mon cul.

- Ne soit pas si pressée, n’oublie pas Fabien.

- Ah oui, Fabien, il a ses doigts sur ma chatte.

- Déjà ?

- Oui, ses doigts ont esquivé mon string, et ils glissent à l’orée de mes petites lèvres toutes mouillées.

- Vraiment ?

- Oui, vraiment, touche un peu comme je suis mouillée.

- Un vrai dégât des eaux. Et lui, il bande ?

- Je ne sais pas. Tu veux que je vérifie ?

- C’est comme tu le sens ma chérie. C’est le cas de le dire.

- Espèce de vicieux, tu commences à me raconter des histoires salaces et tu veux ensuite que je conclue ?

- Exactement.

- Je pose ma main sur sa cuisse moi aussi, et je la fais lentement glisser vers son entre-jambes. Il y a là une belle bosse.

- Vraiment ?

- Oui, je la frôle à peine, je la survole, je ne veux pas avoir l’air d’une morte de faim, d’autant plus que j’ai déjà ta queue au creux de… mon pied. Ça te plait que je te branle avec mon pied n’est-ce pas ?

- C’est curieux. Tes orteils sont moins adroits que tes doigts, mais la nouveauté, et surtout le contexte, m’excitent comme un fou.

- Maintenant j’ai envie de le toucher, de sentir son gland tout chaud dans ma main. Tu me pardonnes mon chéri, d’avoir envie de sentir une autre queue dans ma main ?

- Oui mon amour.

- Et ses couilles aussi ? Ça m’excite à mort, l’idée de le branler sous la table d’un restaurant. Ça y est, je descends sa braguette. Oh !

- Quoi ?

- Il ne porte pas de caleçon ! Quel coquin ! J’ai eu directement sa queue en main. Toute chaude et déjà dure.

- Elle te fait envie ?

- Oui ! Je ne peux pas la voir mais j’imagine son gland vermillon, tout gonflé, avec une petite goutte de sperme au bout, que j’étale du bout de l’index sur son frein tendu.

- Tu la voudrais où, sa grosse queue ?

- Là où il a mis son doigt.

- Et il est où, son doigt ?

- Il vient de glisser dans ma chatte. Mon cœur, je n’en peux plus là, il me faut plus qu’un doigt dans ma chatte ! »

Thomas s’était imperceptiblement positionné plus bas par rapport au dos de sa femme, de sorte que son sexe ne glissait plus tout au long de la raie des fesses de Judith à chaque mouvement de ses hanches, mais son gland venait buter contre l’œillet de son anus. Ses mains caressantes s’étaient emparées de la vulve humide, au point de la pénétrer avec un doigt alors qu’il lui parlait de la main de Fabien. Il continua de joindre le geste à la parole :

« Plus d’un doigt ? Petite gourmande, en voilà deux.

- C’est bon… mais j’ai envie de quelque chose de plus conséquent et de plus doux à la fois.

- Impossible d’en faire plus, mon amour, tu sais bien qu’une table nous sépare.

- Alors je retire mon pied d’entre tes cuisses, je me redresse sur ma banquette, et je glisse un mot à l’oreille de Fabien.

- Tu lui dis quoi ?

- Nous nous levons tous les deux en même temps pour aller dans les luxueuses toilettes de ce restaurant chic où tu nous as conviés. Tandis que je marche derrière lui en roulant des fesses, je me retourne vers toi pour que tu puisses lire « je t’aime » sur mes lèvres.

- Petite salope !

- Tu voulais que je joue, alors je joue mon amour. Tu me pardonnes, hein chéri ?

- Bien sûr mon cœur, tu peux t’envoyer en l’air avec Fabien si tu veux, mais il ne faut pas me demander de rester passif si j’en suis le témoin. Je me lève à mon tour, et tant pis pour les affaires que j’abandonne sur la banquette.

- Et ?

- Et j’arrive dans les toilettes. Grand luxe, du marbre jusqu’au plafond. Je tends l’oreille, et j’entends du bruit derrière une porte. Je reconnais ta voix, tes feulements de plaisir caractéristiques. Je pousse la porte et… quel spectacle !

- Il me prend ?

- Non, c’est toi qui t’es empalée sur lui assis sur la lunette des toilettes. Tu as juste relevé ta robe et tu es à califourchon face à lui. Je vois ta chatte toute mouillée monter et descendre sur son dard.

- On dirait que ça te plait.

- Ça m’excite de te voir en femelle lubrique, mon amour.

- Tu veux de la femelle lubrique, c’est ça ? Tu sais ce que j’ai fait de mon string ?

- Non.

- J’ai lié les poignets de Fabien avec mon string, et j’ai ses avant-bras sur mes épaules. Je ne veux rien d’autre de lui que sa bite, rien que sa bite dure dans ma chatte. C’est ma chose.

- J’aime quand tu fais ta dominatrice.

- Je tourne mes yeux vers toi et j’ouvre mes fesses avec mes mains.

- Pour que je vois bien comment tu le baises ?

- Oui, pour que tu voies bien ma chatte engloutir sa grosse queue, mais pour te montrer mon petit trou aussi.

- Ton petit cul serré qui m’excite ! Tu sais pourquoi je ne suis pas jaloux ?

- Non.

- Parce qu’il ne te prend pas. C’est toi qui le prends. Et surtout parce que tu m’invites.

- Tu sais ce que je dis avec mes lèvres silencieuses ?

- « Je t’aime ? »

- Non, encule-moi mon chéri !

- Mon gland pointe déjà contre ton petit trou, je n’ai qu’à pousser un peu plus fort…

- Sans préservatif ?

- Oui, au naturel, rien qu’avec la mouille de ta chatte.

- Ah ! Salaud ! Branle-moi le clito !

- Tu es ouverte comme un fruit mûr… je ne vais pas tenir longtemps.

C’est cette après-midi-là, dans une chambre d’hôtel du quartier de l’Opéra, que Thomas sodomisa pour la première fois Judith sans préservatif, pour jouir à longs jets à l’intérieur. A force de céder sur les mots, on finit par céder sur la chose, mais pas forcément celle à laquelle on pensait au départ.

***

Ce texte vous est proposé par Vagant, auteur de Sans vain coeur ni vain cul et du blog Extravagances.

Dessin original de Joël Person.