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Jeanne

Jeanne

Publiée le 24 août 2013  

Cela faisait quelques mois qu’Yvan travaillait pour la petite commune de Trégastel. Son premier emploi après de longues études de graphisme. Ce n’était pas la panacée, mais cela lui offrait de quoi subvenir à ses besoins et surtout de prendre son indépendance, lui qui à 27 ans avait dû retourner vivre chez son père après une longue période de chômage.

Il travaillait en collaboration avec Pierrick, en charge de la communication de la municipalité, et avec Jeanne, la secrétaire du service. La vieille bâtisse en pierre qui se trouvait en face de la mairie leur servait de bureau. Ils étaient plutôt tranquilles, dans un endroit cosy, et surtout pas trop embêtés par les chefs, qui les laissaient tranquilles tant que le travail était bien fait.

L’ambiance au bureau était bonne. Yvan s’entendait très bien avec Pierrick âgé det cinq ans de plus que lui. Il lui apprenait les ficelles du métier, et ne perdait jamais une occasion de plaisanter. Les relations avec Jeanne étaient plus mesurées. Elles se résumaient au ‘’bonjour- quel temps pourri - au revoir, à demain”. Autant dire pas grand- chose. « Peut-être à cause de notre différence d’âge » pensa Yvan.

L’été se profilait doucement, mais pas de congés à l’horizon, vu qu’il venait de débuter à peine deux mois plus tôt. D’un commun accord, Pierrick prenait le mois de juillet et Jeanne le mois d’août. La perspective de devoir passer le mois de juillet avec Jeanne ne l’emballait pas vraiment. La baisse d’activité générale due aux vacances d’été, plus le départ de son collègue lui laissait présager une longue période d’ennui. « Profites-en pour revoir la mise en page du site de la ville » lui préconisait Pierrick avant son départ, « tu ne verras pas le temps défiler ». 

Malgré cette recommandation, Yvan trouva néanmoins le temps très long. Il faisait des efforts pour alimenter des discussions un peu plus poussées avec la secrétaire, mais rien n’y faisait, elle restait très avare de paroles. Même durant les pauses café, elle avalait d’un trait son breuvage et retournait illico à ses tâches, enfermée dans son bureau. « Quel travail urgent lui prend autant de temps, se demandait-il, pour qu’elle retourne aussi vite à son poste de travail ? »

Par excès de curiosité, Yvan gravit les escaliers sur la pointe des pieds et s’approcha doucement de la porte rouge du bureau de Jeanne pour écouter ce qu’il s’y passait. Aucun bruit ne filtrait. Pas même le tapotement des doigts de la secrétaire contre le clavier. Surpris, et même inquiet, il se demandait si derrière cette porte Jeanne n’avait pas fait un malaise. Un léger bruit de chaise lui indiqua le contraire.  

Il retourna songeur derrière son ordinateur, mais une heure plus tard, Jeanne n’étant toujours pas sortie de son bureau, il décida d’aller l’espionner de nouveau. Posant une oreille contre la porte, il n’entendait toujours rien. Il remarqua alors qu’il n’y avait pas de clé dans la serrure, et se mit à genou pour voir ce qu’il se passait dans la pièce. Il voyait Jeanne derrière son bureau, situé au fond de la pièce, absorbé par l’écran d’ordinateur. La situation lui devint embarrassante, lorsqu’il vit que le bras de Jeanne s’agitait nerveusement en dessous du bureau, et que sa bouche se tordait de plaisir. Il se relevait, le regard figé sur la porte. Il réalisait ce qu’il venait de voir, et son visage s’empourpra. D’un coup, il entendit du mouvement dans la pièce. Il reprit ses esprits et retourna dans son bureau sans faire de bruit.

La nuit venue, posé dans son lit, Yvan se remémorait ce qu’il avait vu plus tôt dans l’après-midi. Jamais il n’avait pensé que Jeanne pouvait faire ce genre de chose, encore moins sur son lieu de travail. « Certes, je conçois très bien qu’à 48 ans on ait encore une vie sexuelle épanouie, mais de là à la vivre au bureau ! » Il ne cessait de penser à cette bouche charnue, ces dents blanches qui mordillaient la lèvre inférieure. Et surtout il revoyait cette lourde poitrine se balancer aux rythmes frénétiques amorcés par le bras de Jeanne.

Nu sous son drap blanc, il sentait que son sexe se durcissait. Il y glissa sa main et commença à se caresser doucement en repensant à cette bouche rosée, dans laquelle il verrait bien son sexe s’y glisser doucement. Le corps de Jeanne ne lui avait jamais provoqué la moindre excitation, mais il s’appliquait à s’imaginer en train de se faire sucer par cette délicieuse bouche, et son corps ne tarda guère à frissonner de plaisir, malgré l’air chaud du mois de juillet qui envahissait sa chambre.

Le lendemain matin lors de la pause café, le silence était encore plus lourd que d’habitude. Yvan n’essayait même pas de provoquer de discussion, se remémorant ce qu’il avait vu hier après-midi. « Elle ne paye vraiment pas de mine la petite Jeanne », pensa-t-il en l’observant assise entrain de siroter son café. Elle portait ce jour-là un tee-shirt blanc avec un petit col tout simple qui ne laissait rien apparaître de sa poitrine. Il s’étonna de la voir porter un jean clair malgré la chaleur, mais elle chaussait néanmoins une paire de petites sandales en cuir. Rien d’extravagant en soi.

Yvan reprit ses esprits lorsqu’il la vit se lever, rincer sa tasse, et reprendre la direction de son bureau. Allait-elle recommencer son petit jeu sexuel, seule devant son écran ? Yvan sentit son bas ventre se resserrer. La situation l’excitait clairement. Il attendit quelques minutes avant d’aller l’espionner. Il vérifia, l’oreille collée à la porte, qu’aucun bruit n’émanait du bureau. Puis discrètement, il s’agenouilla pour voir ce qu’il s’y déroulait. Son cœur allait exploser.

Elle était assise en face de son ordinateur, le tee-shirt blanc relevé, et malaxait ses seins doucement. Elle était obnubilé parce qu’elle visionnait, sa bouche (« Et quelle bouche ! » s’exclama Yvan) était à demi-ouverte, prête à accueillir un brûlant baiser. Ses cheveux blonds cendrés, attachés par une queue de cheval, laissait apparaître sa nuque, qui se crispait au fur et à mesure que le plaisir montait. Yvan sentait son sexe se durcir dans son pantalon devenu trop serré. Il imaginait sa propre bouche entrain de mordre ces lèvres pulpeuses, de lécher ces tétons rosés.

Il commençait à ouvrir son pantalon pour y laisser sortir son sexe et se caresser. « Je deviens fou » pensa-t-il. Mais il n’eut même pas le temps de se déboutonner complètement que le téléphone dans le bureau de Jeanne sonna. Surpris tous les deux, ils se rhabillèrent hâtivement chacun de leur côté, Yvan retourna tout étourdi de frustration à son poste. Et Jeanne, elle, racla sa voix - troublée par l'excitation -  avant de répondre à son interlocuteur de la manière la plus naturelle possible. 

C’était le weekend end, et cela faisait déjà une semaine que le petit jeu de voyeurisme durait. Yvan n’attendait qu’une chose, être de retour au travail lundi ! Lui qui angoissait à l’idée de s’ennuyer durant le mois de juillet, il se retrouvait à vouloir retourner travailler rapidement ! Néanmoins, il fallait profiter du weekend end, et il décida d’aller boire un verre samedi soir avec son meilleur ami Victor à Perros-Guirrec.

La nuit étant douce et agréable, ils décidèrent de s’installer en terrasse sur le front de mer. Ils discutaient de tout et de rien, fumaient clopes sur clopes,  plaisantaient, enchaînaient les bières, Victor interpellaient des jeunes touristes anglaises qui passaient, et Yvan gêné , le priait d’arrêter. L’autre se moquait de sa couardise, et finissaient par en rire tous les deux.

- « Bon plus sérieusement amigo, comme ça va côté sexe ? » demanda naturellement Victor tout en offrant une cigarette à son ami.

- « Couci-couça » marmonna Yvan tout en essayant d’allumer sa clope.

- « ça veut dire quoi ça  ? Tu as quelqu’un ?

- Non, pas vraiment », répondit Yvan gêné.

- « Pas vraiment ? s’esclaffa son pote.  Faut que je te tire les vers du nez encore une fois ?

- Écoute, je ne veux pas parler de ça ce soir !

- Ah mais il se passe un truc alors ! » lança tout excité Victor.

- « Oui... mais...

- Attends, moi je te raconte tout, tu pourrais me faire confiance merde !

- C’est bon », assura Yvan. « Mais bordel, si tu expliques ne serait-ce qu’une partie de cette histoire à quelqu’un, je suis dans la merde totale et toi aussi !

- Tu me connais, je suis une tombe », affirma Victor, tout en feintant de fermer sa bouche à clé, et de jeter celle-ci par-dessus son épaule.

Au fur et à mesure qu’Yvan dévoilait le récit de sa semaine à son meilleur ami, celui-ci en restait bouche bée.

- « Une nymphomane pour sûr ! » pouffa-t-il.

- « Déconne pas Vic’ ! Elle n’a rien d’une nympho, je te rassure ».

- « Et toi petit vicieux, tu te la secoues en la matant ! »

Yvan détestait quand son ami parlait de cette manière.

- « Ne parle pas comme ça s’il te plaît. Je te raconte un truc sérieux. Je sais que ce n’est pas courant comme situation, mais quand même, calme tes propos ! 

- Ok chef, pas de blagues graveleuses. Cependant ton histoire n’est pas aussi banale que tu ne le crois », dit-il sérieusement.

- « Arrête tes conneries Vic », pesta Yvan. Son ami, il est vrai, avait le don de dégoter des histoires toujours extraordinaires.

- « Non, je t’assure ! J’ai lu une histoire similaire sur le net l’autre jour, l’aspect voyeurisme en moins », affirma-t-il tout en lui lançant un petit clin d'œil.

- « Allez, vas-y, déballe ton histoire.

- Ça se passe au Brésil. Une femme de 36, Ana Caterina,  est victime d’une maladie super rare : elle est obligé de se masturber 46 fois par jour, et...   

- Ça y’est, tu recommences avec tes histoires à la con...

- Non, non je te promets, recherche ça sur internet, tu verras par toi-même. » Il reprit une gorgée de bière, s’alluma une nouvelle cigarette et continua : « Bref, à cause de son trouble sexuel, elle avait peur de perdre son travail. Déjà qu’on t’emmerde quand tu vas fumer une clope toutes les deux minutes, imagine-toi si c’est pour aller te masturber ! Du coup, cette femme a déposé une demande au tribunal pour avoir un aménagement de son temps de travail. Et tu sais quoi ? Elle a gagné ! Elle a le droit de faire une pause de 15 minutes toutes les deux heures pour se caresser le haricot !

- Tu n’étais pas obligé de terminer comme ça », bougonna Yvan.

- « Tout ça pour te dire mon grand, que ta - comment elle s’appelle déjà ?

- Jeanne.

- Voilà, ta Jeanne elle  souffre peut être du syndrome d’excitation génitale persistante.

- C’est comme ça que ça se nomme ?

- Yes. Et crois-moi, selon le Journal of Sexual Medecine si la personne souffrant de ce déséquilibre ne se tripote pas à longueur de temps, elle risque la dépression !

- Tu es incroyable ! Je me demande toujours ce qui te motive à aller dénicher des infos pareilles ! » conclut Yvan.

Les garçons rentrèrent à Trégastel plus qu’éméchés. Victor déposa son acolyte en bas de chez lui, lui lança un « fais de beaux rêves mon grand » empreint d’ironie, et fila se garer deux rues plus loin où il habitait.

Yvan n’eût que brièvement le temps de penser à ce que lui avait raconté Victor sur cette brésilienne, que les vapeurs d’alcools l’enveloppèrent dans un sommeil profond. Si sa conscience était momentanément en veille, son inconscience lui fabriqua des rêves totalement Daliesque.

Dans un décor noir, sans paysage, un halo de lumière illuminait une porte rouge, qui tenait debout sans aucun mur autour. Le trou de la serrure était immense, et Yvan s’en approcha pour observer ce qu’il s’y passait de l’autre côté. Jeanne était assise sur une chaise, totalement nue, mais une énorme télé installée à ses pieds l’empêchait de se délecter de toute sa nudité. Elle était tranquille, les mains posées sur les genoux.
Quand déboula, on ne sait d’où, deux danseuses de samba en tenue de carnaval. Des corps magnifiques, au ton chocolat, avec des plumes vertes et bleues qui s’élevaient de leurs cheveux, et une lingerie ornée de bijoux dorés qui recouvrait leurs seins et leur sexe. Lorsqu’elles se trouvèrent chacune à côté de Jeanne, deux puissants faisceaux de lumière pourpre, émanant de spots invisibles, créèrent une ambiance de cabaret.
Une samba endiablée commençait à résonner, et les danseuses entreprirent une danse frénétique. Au même moment, Jeanne se mit à se masturber comme une folle furieuse. Son visage se crispait sous l’effort, et en un rien de temps, elle eut un premier orgasme. Yvan entendit alors une voix masculine crier um ! et simultanément, le chiffre 1 apparaissait sur l’écran de la télé.
A peine le visage de Jeanne se détendit-il un instant, qu’elle reprit de plus belle sa masturbation enragée. Dois, cinco, oito , deux, cinq, huit, soit autant d’orgasmes que la quarantenaire enchaînait au rythme de la batucada. Au fur et à mesure que ce nombre augmenta, le sexe d’Yvan grossissait, grossissait ! Il voulait retirer son pantalon qui lui faisait mal, mais il n’y parvenait guère. L’écran aux pieds de Jeanne affichait maintenant le chiffre 22. Yvan sentit son pantalon craquer, puis se trouer. Un sexe surdimensionné surgît, qui gonflait, encore et encore. Il était tellement gros qu’il défonça la porte.

La musique, les danseuses, et Jeanne s’arrêtèrent subitement, et fixèrent Yvan. Elle en était à son trente-quatrième orgasme. Les danseuses souriantes s’approchèrent du jeune homme, en marchant d’une manière chaloupée, lui tendirent chacune une main, qu’il accepta de prendre, puis le dirigèrent vers Jeanne, dont les yeux furent bandés on ne sait par qui. Le sexe du jeune homme avait retrouvé sa forme normale, mais il était toujours en érection.
Une des danseuses, toujours avec ce sourire aux lèvres figé, l’accompagna à la droite de Jeanne. L’autre Brésilienne, se trouvait derrière elle. Elle lui prit la tête et la tourna délicatement vers le membre dur du garçon surpris de se retrouver là. Elle ouvrit la bouche légèrement, il passa un doigt sur la lèvre inférieure, puis y glissa son sexe avec précaution. Face à l’onde de plaisir suscité par cette bouche de velours, Yvan bascula la tête et lâcha un long soupir de plaisir. Il aurait voulu procéder ainsi, de manière douce et délicate, tout le temps, mais les deux danseuses brésiliennes en avaient décidé autrement.
Celle derrière Jeanne l’attrapa par les cheveux, et la pressa pour qu’elle aille plus vite. Celle postée derrière Yvan, empoigna ses fesses, et le poussa à accélérer ses mouvements de bassin. Cette accélération soudaine, mais bienvenue, fit se tordre de plaisir Yvan, mais il voulait voir son regard. Il voulait jouir en plongeant son regard dans le sien ! Il tendit son bras pour défaire le nœud du bandeau, et les brésiliennes interrompirent ce qu’elles s’appliquaient à faire. Le bandeau tomba, Jeanne dévoila ses yeux bleus argentés au regard d’Yvan. Il  lâcha au même moment une longue giclée de douceur chaude qui vint fondre dans la bouche de la secrétaire.

Un faible rayon de soleil éclairait le visage du jeune homme, qui plissa les yeux, se retourna sur le côté, grogna quelque chose d’inaudible, puis finit par se lever. Il fila tout droit aux toilettes pour soulager sa vessie mise à mal par les quantités de houblon avalées la veille. Son crâne aussi souffrait de cette soirée arrosée. Le brouillard s'évaporait petit à petit, et il se remémora quelques bribes de son rêve. « Je suis totalement taré de rêver de ce genre de choses » se disait-il en maugréant. N’empêche que l’image du regard de Jeanne au moment où il jouissait lui restait imprimée sur la rétine. Et cette histoire de brésilienne avec son syndrome d’excitation génitale persistante que lui avait raconté Victor ! « Je vais aller regarder tout ça sur internet » se dit-il tout en se préparant une bonne tasse de café.

Il s’installa devant l’écran de son ordinateur, encore en caleçon, et soufflant sur la fumée de son café encore trop chaud. Il tapota rapidement le nom de la maladie dont souffrait cette Brésilienne. Une pluie d’articles traitait du sujet, avec des cas pouvant même mener au suicide du malade (car il fallait bien les appeler comme ça : ces personnes étaient malades). Il cliqua sur une page au hasard et lu ceci : « Le syndrome d’excitation génitale persistante (SEGP) est la perception de la survenue d'une excitation génitale en l'absence de désir sexuel ou de stimulation sexuelle. Celle-ci peut conduire à un ou plusieurs orgasmes (obtenus seule ou avec un partenaire) ce qui procure un soulagement temporaire. La sensation d'excitation génitale persiste souvent sans fantasmes ou pensées de nature sexuelle et sans avoir été déclenchée par une raison évidente. Cette situation est mal vécue par les femmes qui en souffrent. Elle est source de stress et d'inquiétude et conduit parfois au suicide. »

Il releva la tête de son ordinateur, et sans savoir pourquoi, se dit qu’il était urgent de savoir pourquoi Jeanne avait un comportement pareil au travail.

Le lendemain, la situation au bureau n’avait pas changé d’un iota. Jeanne après la brève discussion matinale et le café bu sur le pouce, s’en alla directement dans son bureau. Yvan ne pouvait pas aborder la question de manière directe, il voulait avant tout voir ce qu’elle regardait sur internet.

Par chance, une opportunité se présenta à lui. Elle passa rapidement la tête par la porte du bureau du graphiste pour le prévenir qu’elle devait faire un aller-retour rapide en mairie pour régler un problème de paie. « J’en ai pour cinq minutes » lui souffla-t-elle avant de partir.

Yvan s’assura de la voir entrer dans la mairie, et s’installa au bureau de Jeanne. L’ordinateur était allumé, et il ouvra le navigateur web pour inspecter l’historique. Quelques liens vers le même site pornographique apparaissaient. Il en ouvrit un au hasard, et tomba sur une vidéo d’une femme blonde, la quarantaine, dont le visage était caché par un masque noir et doré, ceux-là même que l’on porte lors du  carnaval de Venise. Elle portait une nuisette noire, et installée à quatre-pattes au bord du lit, un homme bedonnant, la quarantaine lui aussi, la prenait en levrette. La vidéo durait six minutes, et possédait cet unique plan. « Du porno amateur », affirma Yvan.

Un clic sur un autre lien, et voilà qu'apparaissait une autre vidéo avec la même femme. Complètement nue, mais portant toujours le même masque vénitien. Elle se trouvait dans un bois quelconque, accroupie, en train de se masturber, tout en tenant le sexe de l’homme bedonnant dans la bouche, qu’elle s’appliquait à lécher.

Une autre vidéo choisie au hasard mettait en scène toujours cette femme masquée, cette fois-ci en lingerie fine noire. Elle était filmée assise au bord du même lit que dans la première vidéo. « Approche » lui ordonna la voix de l’homme qui tenait la caméra. Elle se laissa glisser du lit tout doucement, et se mit à ramper comme une chatte, pas à pas, tout en fixant l'œil de la caméra. Pour la première fois, on voyait clairement les traits que laissaient apparaître le masque.

Des cheveux blonds coupés au carré, une bouche sensuelle, maquillée outrageusement de rouge. « C’est bien, continue d’avancer comme ça » entendait-on de la voix grave du vidéaste. Plus elle avançait, plus on apercevait ses yeux qui brillaient de désir. Elle arriva aux pieds de l’homme, se frotta contre sa jambe à la manière d’un félin cherchant la caresse, et l’homme d’un coup de main, lui offrait son beau membre raide comme un piquet. Elle remonta tout doucement jusqu’à ce sexe, l’empoigna, le leva légèrement pour lécher les testicules, laissa glisser sa langue le long du membre, doucement, sans mouvement brut, puis l’entoura autour du gland et l’engoba d’un coup entièrement. Le vidéaste la prit par les cheveux, et lui donna l’ordre de le regarder. Des yeux bleus argentés brûlaient sous le bauta noir, le cœur d’Yvan faillit exploser : il ne doutait plus un instant que derrière ce masque noir se dissimulait le visage de Jeanne.

Il ne la remarqua pas tout de suite, tout absorbé qu’il était par les vidéos, mais Jeanne l’observait sur le pas de la porte.

- « Je peux savoir ce que tu fais ?» lui demanda-t-elle sèchement.

Yvan bégaya quelque chose d’inaudible. Recula sa chaise et se mit debout sans savoir quoi dire. Jeanne de suite remarqua qu’une bosse déformait le pantalon du jeune homme. Il avait vu son regard se poser sur son bas du ventre, et devint rouge de honte.

- « Excuse-moi ». Il bafouillait. « Je n’aurais jamais dû faire cela, mais...

- Mais quoi ? » lui asséna la secrétaire, le regard noir.

- « Tu es trop bizarre depuis que je suis arrivé ici, et comme tu es toujours dans ton bureau et qu’on n’entend jamais rien filtrer... »

Il venait de prendre conscience qu’il en avait trop dit.

- « Parce qu’en plus tu m’espionnes ! » ajouta Jeanne sidérée.

- « J’avoue, oui. J’ai regardé aussi ce que tu faisais par le trou de serrure, et je t’ai vu là en train de te...

- En train de me caresser ? » lança-t-elle tout de go.

- « Oui, avoua-t-il honteusement.

- Et ça t’as plu ?

- Oui ». Embarrassé par la tournure que prenait la situation, Yvan aurait voulu se lever et courir se cacher six pieds sous terre. Mais son érection l’empêcha de se lever à nouveau. Elle s’avança près du bureau, quelque chose brillait dans son regard qu’Yvan n’arrivait pas à cerner.

- « Et les vidéos que tu as vues ? Tu les as aimées ?

- C’est à dire que...

- Quoi, elles ne t’ont pas plus ? » lança-t-elle sèchement. « J’ai pourtant bien vu quand tu t’es levé qu’elles avaient l’air de te faire de l’effet... »

- « Oui c’est vrai...

- A moi aussi elles me font de l’effet. Je ne me lasserai jamais de les regarder. » Elle hésita un moment. « Tu te demandes pourquoi je fais ça ici non ? Ça fait deux ans maintenant, deux ans qu’il ne me touche plus ». Elle émit une courte pause. « J’acceptais tout ce qu’il me demandait, vidéos, jeux bizarres, relations sexuelles dans les lieux publics. Je ne voulais pas me l’avouer au début, mais j’adorais tout ça. Et aujourd’hui plus rien, pas que pour le sexe d’ailleurs, un vide s’est créé entre nous. Mais il a mis le feu en moi, et maintenant je n’ai plus personne pour l’apaiser. Alors je contiens cette frustration en me masturbant tous les jours... Au bureau, parce que chez moi je n’ai pas l’intimité nécessaire pour le faire, avec deux filles tout le temps dans les parages, tu penses bien que c’est impossible. » Yvan ne bougeait pas d’un poil, il écoutait attentivement l’histoire de Jeanne. « Tu dois me prendre pour une folle » dit-elle en riant.

- « Non, la rassura-t-il, je m’inquiétais pour...

- Pour moi ? Tu vas me dire aussi que tu veux m’aider ?

- Oui. »

Jeanne surprise, ajouta :

- « Si tu veux vraiment m’aider, commence par te caresser.

- Quoi ? Ici ? », demanda Yvan gêné ?

- « Ça ne te dérangeait pas autant quand c’est moi qui le faisais, et que tu me matais par le trou de serrure », lui rappela-t-elle en esquissant un sourire. « J’ai envie de te regarder, tu ne peux pas me refuser ça.  Mets-toi face à moi, déboucle ta ceinture et sors ton sexe.”

Yvan s’exécuta, un peu trop rapidement au goût de Jeanne qui le lui fit savoir. Il procéda de manière plus lente, mais détournait le regard des yeux argentés de la secrétaire qui le fixaient. « Tu ne veux pas me regarder ? » le questionna-t-elle en souriant. Yvan s’accomplit, tout en sortant son sexe dressé par tant d’excitation. Il l’enserra d’une main, et commença un lent va-et-vient. La bouche de Jeanne s'entrouvrait lentement et il y porta toute son attention. « Ma bouche te plaît ? » Il fit signe de la tête que oui, il avait la gorge trop sèche pour prononcer quoi que ce soit. De fines perles luisantes jaillissaient du bout de son gland, Jeanne y jeta une œillade et replongea ses yeux bleus argentés dans ceux d’Yvan.

Elle s’approcha de lui avec lenteur, se pencha vers son visage en ouvrant subrepticement ses lèvres comme pour l’embrasser, mais détourna au dernier moment son visage, qui descendait vers son sexe dont elle s’était déjà emparé. Elle se mit à genoux entre les jambes d’Yvan, qui tressaillit quand il sentit le souffle de Jeanne près de son entrecuisse. Son regard pénétrait littéralement le sien. Elle se mit à le sentir doucement, puis descendit jusqu’aux testicules pour mieux entamer une remontée du sexe  avec sa langue. Yvan ne put réprimer un long gémissement. Elle souriait, satisfaite, de voir les effets provoqués par son coup de langue. Celle-ci s’attarda plus tardivement sur le gland, l’enveloppant totalement, puis le lécha, comme on lèche avidement une glace sous la chaleur de l'été.

Il s’abandonnait totalement au plaisir procuré par Jeanne, qui avait commencé à le sucer avec gourmandise. Le spectacle de voir enfin ces lèvres rosées glisser le long de son membre, le submergea de frissons. C’était comme il l’avait rêvé, comme il l’avait vu faire sur la vidéo. Il était au bord de la jouissance, et il aura suffi que Jeanne posât sur lui ses yeux argentés incandescents de plaisir, pour qu’il inondât sa bouche de sa liqueur ivoire et exquise.

Après s’être assurée d’avoir avalé tout ce que lui avait donné Yvan, Jeanne se releva et déposa un baiser sur les lèvres du jeune homme encore assommé par son orgasme. Elle l’aida à se relever de sa chaise, celui-ci en profita pour la pousser contre le bureau. Il plongea son visage dans sa nuque, embrassa son cou, puis lui susurra qu’il avait envie d’elle, là maintenant.

« Non », lui dit-elle, la voix neutre. Il fit un geste de recul, surpris. « Toi ou personne d’autre ne pourra combler le vide qu’a laissé mon mari. Si je me suis offerte à lui comme je l’ai fait durant aussi longtemps, c’est parce que je l’aimais. Jamais je n’aurais pu faire les vidéos, ou toutes les autres choses que j’ai faites avec lui sans amour. Je t’ai donné ce moment de plaisir uniquement pour revivre un semblant de ce que j’ai vécu avec lui. Une opportunité s’offrait à moi, je l’ai saisie, mais ça me conforte dans l’idée que rien ne sera jamais plus pareil. »

Yvan avait du mal à encaisser d’être repoussé de la sorte, mais au fond il la comprenait.

« Tu n’y es pour rien Yvan. Garde ça dans ton esprit comme un bon moment que tu as passé. Et puis, quand tu verras que la porte rouge de mon bureau sera fermée, tu pourras toujours vérifier par le trou de la serrure ce qu’il s’y passe derrière. »

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Vous venez de lire la première nouvelle érotique écrite par Henry Nin.

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