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Coup de chaud

Coup de chaud

Publiée le 07 juin 2013  

Eloïse raccroche. Elle regarde par la fenêtre de son appartement et soupire. Le ciel est clair, le vent apporte un délicieux parfum de printemps, une bouffée de chaleur exquise qui rend les choses bien compliquées. Sans y penser vraiment, la jeune femme pose la main sur son sein gauche, le presse un peu. Elle sent le désir descendre jusque dans sa chatte et lui tourner dans le ventre.

Elle baisse les yeux vers son téléphone et se demande si ça vaut la peine d’essayer encore. Jérôme vient de lui répondre qu’il était malade, avec une migraine épouvantable, et Martin a dû abréger : il se tenait à quelques pas de sa femme et ne pouvait pas parler. Impossible, pour lui, de se libérer.

Elle essaie encore. Tombe sur une boîte vocale : « Bonjour, c’est Paul, je suis à l’étranger jusqu’au 17, merci de laisser un message. »

Elle se souvient : Paul est en voyage, à Berlin, avec ses élèves de terminale. Elle raccroche encore et fait une moue : trois ans plus tôt, c’est lors du même voyage qu’elle avait eu Paul dans son lit pour la première fois. Quelle histoire ! Si les autres avaient appris qu’un professeur baisait avec la plus jolie de ses élèves, c’en aurait été fini de tout : pour lui, le blâme, l’infamie, le licenciement, le divorce. Pour elle, le déshonneur, la salissure, la réputation entachée à jamais : briseuse de carrière, allumeuse, briseuse de couple… Il avait fallu ruser, prendre des précautions inouïes, mais ça en valait la peine !

Une pointe de jalousie empoigne le cœur d’Eloïse. Paul est à Berlin ? Et si, dans sa terminale de cette année, il y avait encore une très jolie petite salope aussi délurée qu’elle-même l’avait été ? Allons. Elle s’ébroue, quitte son fauteuil et se lève jusqu’à la fenêtre. Dehors, vraiment, il fait magnifique ! Comme par un fait exprès, ses regards tombent sur une jeune fille qui, dans l’embrasure d’une porte cochère, au pied de l’immeuble d’en face, embrasse à pleine bouche un homme, en pensant ne pas être aperçue. La fille a la jambe relevée contre celle de son amoureux qui a glissé une main sous la jupe, et ils se roulent tous les deux une pelle de compétition. Dans un moment, ils finiront par s’écarter au fond de l’ombre et par baiser debout, contre le mur, aussi Eloïse préfère-t-elle ne pas voir. Elle s’éloigne de la fenêtre et pose un poêlon sur la plaque pour se préparer une tasse de thé.

Le temps que l’eau se mette à bouillir, elle s’approche d’un miroir accroché à la porte de la pièce. Elle se plante en face d’elle-même. Elle n’a pas pris sa douche encore et ses cheveux blonds s’éparpillent à la diable autour de son joli visage. Elle se regarde dans les yeux, de beaux yeux gris, très clairs, un peu mélancoliques ce matin. Des yeux qui descendent, qui s’attardent sur les clavicules. Eloïse écarte les pans de son peignoir : elle aime ses clavicules. C’est un très joli endroit du corps, dessiné à l’aquarelle quand les hanches répondent au fusain, et les seins à l’encre de Chine. Cette vibration qui s’est allumée en elle continue d’irradier, alors elle ouvre encore son peignoir, elle veut se voir. Ses seins qu’elle aime tant, qui l’émeuvent chaque fois qu’elle les regarde et devant lesquels aucun homme ne peut s’empêcher de sourire. Elle lève sur eux ses mains, les caresse, effleure les tétons qui réagissent dans l’instant. Elle approche encore ses index, à deux millimètres de ses boutons durcis : elle ressent des étincelles et ferme les yeux. C’en devient difficile, cruel.

Son peignoir est tombé sur le sol. Faut-il qu’elle se regarde encore ? Qu’elle pose les yeux sur son ventre plat, sur ses hanches rondes, sur sa chatte lisse ? C’est Paul qui lui a demandé de s’épiler ! Jérôme a aimé, Martin ne voyait pas l’intérêt. Elle-même, Eloïse, n’avait pas d’opinion mais Paul avait insisté. Elle ne peut rien refuser à Paul.

Elle se regarde, pourtant. Comme pour appuyer à l’endroit qui lui fait le plus de peine. Pour sentir la morsure du manque. Ses seins qui se tendent, sa chatte qui miaule de soif et de faim, de désir ! Elle a tant besoin d’un homme, d’une queue ! Vite ! Là, ce matin, sans attendre !

Elle regarde ses cuisses encore, ses jambes fuselées, musclées, qui ont si bien appris à s’ouvrir ! Elle songe à se retourner pour contempler son petit cul de princesse, lorsque l’eau se met à chanter dans le poêlon.

Elle ne se rhabille pas, ne pense pas à ramasser son peignoir qui gît sur le sol, et prépare sa tasse de thé en quelques gestes mécaniques. Elle passe devant la fenêtre, sourit à imaginer qu’on peut la voir depuis les appartements d’en face, ne se cache pas. Tant pis…

Un homme, vite, n’importe lequel. Ou presque.

Elle ne peut pas revêtir une robe et descendre dans un bar pour ramasser le premier mec qui passe. Ce serait facile, certains diraient trop facile, mais ce n’est pas cela qui arrête Eloïse. Ce qui l’empêche, c’est son désir. Son fantasme. Martin, Paul, Jérôme le savent, ils se plient à ses fantaisies, lui en ont appris quelques-unes, et ce petit monde tourne en connaissance de cause. Mais recruter un homme sur le pouce et le briefer en trois minutes sur ses envies les plus intimes et les plus obscènes, c’est inconcevable. Le type s’enfuirait et le résultat, cet abandon au pied du lit, serait pire que la solitude.

Alors ? Se masturber jusqu’à ce que l’ardeur s’évapore ? Elle ne se prive pas de le faire, chaque jour, mais elle sent que ce matin ça ne suffirait qu’à verser du pétrole sur son incendie. Elle s’appuierait sur la table de la cuisine, ouvrirait ses cuisses et laisserait sa main jouer dans le pli gonflé de vie, de sève, de chaleur, et… Rien que d’y penser, elle ressent une sorte de nausée.

Un homme, vite ! Une queue, tout de suite ! Et le reste…

Elle sentait cette fièvre, cette chaleur ! Ce n’était pas habituel pour elle, de vibrer à ce point, d’avoir besoin à ce point d’un mâle fort et d’un membre solide qui la pourfendrait, lui écartèlerait les entrailles d’un seul coup du bassin, à fond ! Ça devenait physique, urgent, nécessaire !

Eloïse est de nature gourmande, elle a du goût pour la chair des hommes ! Elle a appris à savourer. Mais à ce point, non, elle ne se reconnaît pas. Cet incendie dans la région de l’estomac, cette entière nécessité de trouver un mec pour la sauter, vite, pour la remplir, pour la défoncer, ça lui faisait tourner la tête. Elle a besoin de se faire enfoncer, vite et fort et loin, profond ! De sentir une matraque en béton lui bourrer le tréfonds ! Nymphomane ? Même pas. Juste elle, ce matin, toute fragile, avec ce creux qui lui tire le ventre.

Pour l’heure, le mieux est encore de se glisser sous la douche. Dans un trois pièces, il suffit de trois pas. Eloïse ouvre le robinet, hésite entre l’apaisement brutal de l’eau froide et la caresse bienfaisante de l’eau chaude.

Peu importe si le contact de ses mains sur son corps l’électrise davantage, peu importe si le passage de ses paumes sur ses seins ronds, de ses doigts fins sur son clitoris dardé, si l’eau – chaude finalement – qui lui coule sur la tête, les épaules, le dos, les jambes, rend son désir plus intense encore ! Elle enfonce sa caresse en elle, se rend folle en ayant conscience de grimper en vrille, en spirale, dans une exaspération de ses envies qui ne pourra se terminer que par une bite forte enfoncée au plus profond de son ventre. Vite !

Soudain, par un imprévisible effet de son métabolisme, les étincelles qui lui crépitent au ventre en viennent à lui toucher la vessie. Eau pour eau, voilà Eloïse qui s’abandonne. C’est à peine si elle écarte les jambes pour laisser jaillir le jet dru, chaud, odorant, qui lui glisse sur l’intérieur des cuisses. Elle pisse avec bonheur, avec délice, puis se rince. Au moins se sent-elle apaisée, pour un infime instant. Elle respire.

Et c’est là, sous la douche, que surgit la solution. Sa mère ! Aussi incongru que ça puisse paraître, c’est bien sa mère qui lui en a parlé. Comment s’appelle-t-il, cet endroit ? Le jardin de quelque chose ? Non. Pas le jardin. Ce n’est pas un nom habituel non plus, comme ce genre de boutique a coutume de s’appeler : le Manhattan ou le Milady. Rien à voir. Mais enfin ! Quel était ce nom ?

Eloïse appellerait-elle sa mère ? Au pire, elle le fera. Mais tenter de se souvenir, tout de même… Ce n’est pas le jardin mais ça y ressemble. L’eau continue de ruisseler sur son corps, de glisser dans sa chevelure, de tomber sur ses épaules, de lui caresser les seins, puis d’attiser le désir qui lui brûle la chatte !

Ça ne lui est arrivé qu’une seule fois, jusqu’à ce matin, une telle morsure. Trois ans plus tôt. Elle était au lycée, il avait alors suffi d’envoyer un message : « J’ai besoin, Monsieur ! Tout de suite ! » Car elle le vouvoyait encore à l’époque, et l’appelait « Monsieur ». Paul l’avait rejointe à l’endroit habituel, une pièce sous les combles où l’on ne faisait cours que par exception. Il l’avait prise vite, comme elle le voulait, sur une table. Ça n’avait pris qu’une poignée de minutes, presque sans dire un mot.

Et ce matin…

Le jardin ! Pourtant c’est bien ça ! Le jardin, tout court !

Eloïse ferme le robinet. Quitte la cabine de sa douche. Et s’éponge le corps. Mais c’est une brûlure encore de passer la serviette sur ses seins, ses tétons tendus, si tendus qu’ils en deviennent douloureux. Et glisser le tissu rêche sur le bas de son ventre est une punition ! Résister à la tentation de se toucher, d’enfoncer un doigt entre ses lèvres, porte Eloïse à l’héroïsme. Ce serait attiser l’insupportable.

Elle arrache de sa garde-robe une jupe légère, une culotte de coton bleu, un teeshirt blanc. S’habille à la hâte. Impossible, pour elle, d’envisager de porter un soutien-gorge, ce serait une douleur encore.

Elle se précipite sur le clavier de son ordinateur. Appelle un moteur de recherche, compose quelques mots. Le jardin !

Notre fébrilement l’adresse, le numéro de téléphone. Néglige même de regarder les photos de « l’équipe » et se tourne pour attraper un sac à main suffisamment profond.

Encore un geste : de sa commode, elle retire quatre objets qu’elle fourre au fond de son sac. Empoche quelques billets. Aucune idée de ce que ça peut coûter ! Cherche des yeux les clefs de son appartement.

Une minute plus tard, elle est dans la cage de l’escalier, sur le trottoir, devant la bouche du métro.

Dans la rame, un jeune homme la regarde, la main sur la barre d’appui. Elle se demande : « Ça se voit donc ? » Elle pourrait le ramasser, ce type. Il a une bonne tête. Une bonne tête ne suffit pas. Mais que ce train est lent !

Elle débouche au grand air, situe son chemin et relit l’adresse tracée sur l’envers d’un ticket de caisse. Le jardin, rue du Cerisier, n°44.

Elle se hâte, ne craint pas de transpirer. Qu’importe. Elle est en sueur déjà. Le soleil tombe d’aplomb mais c’est du creux de son ventre qu’il retentit, le soleil ! Et du fond de ses seins !

Enfin, le 44 ! Une maison bourgeoise, aux vitres tendues de velours grenat, juste une plaque de cuivre : « Le jardin ». Elle sonne. Qu’on vienne, enfin !

Un bruit de verrou que l’on tire, la porte qui s’ouvre : une femme, la cinquantaine, un jean noir, un chemisier blanc, plutôt l’air d’une libraire de province que d’une patronne de jardin, regarde Eloïse sans curiosité. A peine si un trait d’étonnement tire son regard vers la silhouette mince qui s’encadre devant elle. Oui ?

Eloïse prononce trois mots, la dame répond de même puis s’efface.

Un couloir où glisse un parfum de cosmétique, de crème de jour, de fond de teint et de fumée de cigarette. Une autre porte, une pièce éclairée, meublée de fauteuils confortables et de quatre lampes sur pieds.

Dans chaque fauteuil, un homme. Enfin !

La dame se tourne vers Eloïse, présente son personnel.

Vous avez Grégory, vous avez Jean-Michel, vous avez Dylan, vous avez Jérémie. Puis, si vous préférez cela, vous avez Jessica.

Les cinq personnes que la patronne vient de nommer lèvent la main tour à tour, en souriant à Eloïse. Grégory est vautré dans un fauteuil rouge. La vingtaine, pas davantage, très beau, le visage rectangulaire animé de beaux yeux marron. Il porte un jean noir, un teeshirt blanc qui lui dessinent, malgré son attitude nonchalante, une silhouette de jeune tigre terriblement sensuel.

La dame lui sourit et croit bon d’ajouter à l’adresse d’Eloïse : « Grégory est mon fils. » Comme si cela devait impliquer un effet particulier dont Eloïse n’a que faire. Une fraction de seconde, elle se demande tout de même avec lequel de ces types sa mère a passé un moment. Ce Grégory, justement ? Ou Jean-Michel ?

Jean-Michel constitue une étrangeté : il a dépassé la cinquantaine. L’apparence d’un notaire ou d’un pharmacien prospère, aux manières courtoises. Il a le crâne semé de cheveux courts, il porte des lunettes et s’est habillé d’une façon qui détonne : un pantalon de bonne coupe, une chemise bien repassée, un veston. Il n’est pas allé jusqu’à nouer une cravate au col de sa chemise mais on devine que cela ne tient qu’à des causes pragmatiques. Sa présence dans le cheptel est une incongruité. A-t-il besoin de se trouver là ? De gagner sa vie de cette façon ?

Dylan est l’indispensable petite crapule, le mauvais garçon, bien qu’il ait au moins atteint la trentaine. Trapu, musclé, mal rasé, son corps est enserré dans un marcel qui lui moule un torse d’haltérophile bulgare. Assez convenu, prévisible au fond. Il sourit à Eloïse, d’un petit air narquois.

Jérémie, debout auprès d’une fenêtre, est mince, très mince, le visage étroit et pâle, le cheveu court et noir. Il porte, comme Jean-Michel, un costume, mais pas de la même étoffe ni de la même façon. Il semble flotter un peu, on devine un torse maigre, le corps d’un jeune étudiant romantique, des gestes de fille, une santé précaire. Il a envie d’une cigarette et n’ose pas en allumer une.

Tous, remarquablement équipés, Madame, ajoute la patronne à l’adresse d’Eloïse. C’est ce qui compte, c’est ce qui importe. La jeune fille tente malgré elle de deviner les calibres. Si elle osait, elle leur demanderait, à tous, de dégainer, pour se faire une opinion. Elle n’ose pas.

Puis la patronne se tourne vers Jessica, une jolie petite brune à peine plus âgée qu’Eloïse. Sous un peignoir en soie mauve dont elle n’arrive pas à garder les pans fermés contre elle, Jessica porte un bikini doré. On voit sa peau douce, le hâle forcé par le banc solaire ou par l’autobronzant. Elle est belle, et sans doute certaines femmes se laissent-elles tenter par le désir de connaître ses caresses ?

Eloïse se tourne vers la patronne et lui demande : « Ils embrassent ? »

Une minute plus tard, après avoir balayé du regard les hommes qui se trouvent à sa disposition et attendent, l’air indifférent, sa décision, et après avoir lâché deux billets entre les mains de la patronne, Eloïse marche dans un couloir sombre. Devant elle glisse la silhouette de Jérémie. Un petit cul trop mince pour se laisser deviner sous le tissu de son pantalon, une dégaine de jouvenceau fragile, une ombre. Pourquoi est-ce lui qu’Eloïse a choisi ? Parce que.

Elle ne pourrait le dire. Peut-être a-t-elle inconsciemment redouté de se faire écraser par la masse musculaire de Dylan ? Peut-être a-t-elle pensé que jamais Grégory n’accepterait de se plier à ses fantaisies ? Peut-être Jean-Michel lui a-t-elle paru trop raffiné pour l’usage qu’elle désire en faire ? Peu importe. Elle obéit à une impulsion. Une queue est une queue, celle de Jérémie fera aussi bien l’affaire qu’une autre. Du moment qu’il se taise et consente à tout, et la remplisse sans faire d’histoires.

Etrange sentiment, qui l’habite soudain. Ce matin, elle avait envie, besoin, ça se trouvait en elle. Une urgence, une exaspération qui lui rongeait le ventre, la chatte, lui tendait les tétons ! Mais à présent ? Elle se surprend à suivre un type dont elle ne sait rien, dont elle ne connaît pas l’odeur ni le grain de la peau. Est-ce bien elle, Eloïse, qui se trouve dans ce couloir ? Une sorte de malaise l’envahit. Elle sent balancer en elle une hésitation : tourner les talons ? Appeler encore Jérôme ou Martin jusqu’à ce que l’un d’entre eux se montre disponible ? Ou poursuivre jusqu’au bout, aller au fond de ce couloir, accompagner ce garçon maladif pour qu’il lui éteigne le ventre ? Elle a payé, elle a fourré deux billets dans la main de la patronne, et c’est ce qui la décide. Pas les moyens, pour une étudiante, de dilapider sa monnaie…

Un vertige la saisit encore au moment de franchir la porte. C’est à peine si Jérémie la regarde. Et lui, ce garçon qui ne sourit pas, va bientôt la sauter ? Va lui enfoncer jusqu’à la glotte une bite qu’elle espère à la mesure de son besoin ? Un pincement la serre, comme un besoin de pisser. Elle ne recule pas.

Pourquoi ne dit-il rien ? Eloïse est si intimidée, malgré le désir qui la ronge, qu’elle est incapable d’une initiative. Qu’il se décide, enfin ! Qu’il se déshabille, ou qu’il s’avance vers elle avec un geste de bienvenue ! Et comment fera-t-elle pour lui demander de… ?

Les autres, les autres femmes qui pénètrent ici, de quelle façon s’y prennent-elles ? Est-ce facile ? Avec Martin, pourtant, ça s’était passé très vite, presque sans un mot. Dans le vestiaire d’un hall sportif. Trois minutes plus tôt ils ne se connaissaient pas, non plus. Mais ce n’était pas la même chose. Ça allait de soi.

Jérémie a refermé derrière elle la porte et la regarde enfin. Il dit : « Mettez-vous à l’aise. »

On se vouvoie donc ? Très bien. Quant à se mettre à l’aise, ça finira par venir. Eloïse regarde le lit, les serviettes pliées sur une commode. Les tentures qui voilent la fenêtre et qui laissent à peine passer la grande lumière du jour. Les fourmillements qui lui mordillent les entrailles continuent de l’exaspérer alors elle se saisit de son sac et lève les yeux vers Jérémie. Elle prononce d’une voix qu’elle tente de rendre aussi égale que possible : « J’ai besoin de vous demander quelque chose. »

Jérémie sourit comme pour l’inviter à poursuivre. Tout le monde a envie de demander quelque chose, autrement on ne viendrait pas au Jardin… La cliente n’est-elle pas reine ?

Elle regarde Jérémie encore, comme pour mesurer une ultime fois si le garçon est capable d’entendre ça, puis elle se décide. Sa main plonge dans son sac et en ressort un voile de nylon chiffonné en boule et un stick de rouge-à-lèvre. Puis elle prononce : « Voilà. »

Il faudrait que Jérémie enfile ces bas. Ce sont des autoportants, couleur fumée. Puis qu’il se peigne les lèvres en rouge. Elle exprime sa demande d’une voix rapide, en baissant les yeux. Vite, donc ! Qu’il réponde ! Qu’on y aille ! Alors, oui ?

Eloïse a besoin de ces artifices, même aujourd’hui. Peut-être aujourd’hui plus encore que la veille. Martin, Paul et Jérôme se plient à ce désir, eux, sans discuter. Alors ?

Jérémie a pris les deux bas de nylon entre ses doigts et les caresse. Ce n’est pas qu’il hésite. Il sourit. Eloïse respire mais c’est bon, maintenant : qu’on s’y mette ! Peut-être Jérémie s’imagine-t-il que les femmes ont besoin de douceur, de tendresse, de préliminaires. Pas toutes, ou pas tout le temps. Là, Eloïse a besoin de lui, tout de suite. Elle est en feu.

Jérémie enfin se lève, se déshabille. Il est bientôt nu. Son corps est mince, très mince, sa peau pâle, presque blême. Il n’a pas un poil sur le torse et… quand il ôte son caleçon la jeune fille voit émerger un dard long et plus épais que ce qu’on aurait pu croire. Blanc, soyeux, comme un jouet d’ivoire, émergeant d’une fine toison de crin noir. Eloïse respire. Bien ! Mais qu’il bande, alors !

Elle se met, de son côté, à se dénuder. C’est très vite fait. Elle s’assied sur le bord du lit, regarde Jérémie debout devant la glace, qui se maquille les lèvres. Elle pose les yeux sur un petit cul musclé, aussi blanc que le reste du corps, puis sur le visage qu’elle voit se refléter dans le miroir. Elle en éprouve une tendresse. Elle lève une jambe, pose un talon sur le bord du lit et, sans pudeur, commence à se caresser. Son doigt chipote son clitoris, doucement. Rien ne l’en empêche, à présent : son désir peut bien bouillir, elle en recevra l’apaisement tout de suite. Elle soupire, ses cuisses se sont écartées davantage, elle se fouille avec plus d’ardeur et Jérémie a tourné vers elle son visage pâle. En voyant soudain devant elle ces lèvres peintes, Eloïse gémit de bonheur et se masturbe avec plus de rage, une main sur sa chatte, l’autre qui empoigne et serre son sein gauche. Jérémie sourit. Puis, comprenant quelle émotion provoque ce rituel chez la jeune fille, il commence à enfiler un bas, devant elle, doucement. Il a fallu qu’il déplie le bas de nylon, qu’il l’enroule sur sa main, puis il le développe le long de sa jambe. Il a posé le pied sur le bord du lit, tout près d’elle, à quelques centimètres d’Eloïse, et celle-ci regarde le bas qui remonte, gaine un mollet, dépasse un genou, et enserre une belle cuisse lisse. Elle respire avec force, continue à se branler, ouvre les jambes si largement qu’elle n’a plus rien à cacher. Jérémie enfile le deuxième bas. Bientôt il est prêt. Tout à fait prêt : sa queue s’est dressée presque d’un coup, lorsqu’Eloïse s’est mise à se toucher. C’est un engin magnifique. La patronne n’avait pas menti : remarquablement équipé !

Eloïse passe une main sur les jambes gainées de nylon et ferme les yeux, de bonheur, puis elle regarde la bouche peinte et sourit. Enfin, n’en pouvant plus, elle avance le visage vers cette bite si droite, si belle, ce dard blanc surmonté d’un gland rosâtre, et l’absorbe dans sa bouche avec urgence. Que c’est bon ! Pour elle, pour lui. Jérémie se met à grogner de plaisir. Il aime ce qu’il vit, cette étrangeté, ces bas-nylon, ce rouge-à-lèvres qui lui glisse une saveur inconnue au bord de la bouche. Il bande comme un bouc dans la bouche d’Eloïse. La fille a plaqué ses mains sur les fesses du garçon et elle les malaxe, les pétrit, puis elle n’en peut plus d’attendre et, d’un mouvement sauvage, elle se jette sur le lit, le dos sur le drap, les jambes ouvertes.

Elle n’a que le temps de murmurer : « Vite… » Et Jérémie la rejoint. Il a compris et monte sur elle. Puis il plante son gourdin au fond du ventre d’Eloïse. D’un seul coup de bassin. Ça n’a pas résisté, rien n’a freiné l’envahissement. Depuis plus de deux heures, Eloïse est trempée, ouverte, elle n’attendait que cela. Elle pousse un long cri de bonheur, un feulement de fauve gris, un hurlement qui doit s’entendre jusque dans le salon où, sans doute, la patronne boit une tasse de café avec son petit personnel. Peut-être Jean-Michel ou Jessica ont-ils souri.

Couchée sur le dos, les cuisses ouvertes de la façon la plus obscène, les seins brûlants, les mains accrochées aux fesses de Jérémie pour bien le tenir en elle, Eloïse ferme les yeux. Son cri devient un râle, un grondement, un soupir, et, recevant au plus profond du ventre cette queue splendide qui la remplit toute, elle murmure : « Enfin ! »

***

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