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Sexe primé

Sexe primé

Publiée le 19 avril 2017  

Je fais quelques pas dans la rue. Attends… attends… cette histoire ne peut pas se finir comme ça ? « Et la morale » me narguais-je avec acrimonie ? Entre fantasmes et réalité, il y a un monde que seul ce sextoy franchira en me procurant des sensations réelles à partir d’illusions sexuelles que je m’inventerai ce soir, allongée sur mon lit. Et puis c’est tout ? Rêver sa vie ou bien vivre ses rêves ? Je m’arrête et hoche la tête vers la gauche, le profil encore illuminé par la non moins lointaine boutique. Je retourne sur mes pas, repousse les rideaux énergiquement, descends à la hâte avant de regretter mon choix, celui de l’inconnu excitant plutôt que de l’ennui rassurant.

Des énergumènes se précipitent au fond de la cave, là où une lumière rouge vient de s’allumer comme si elle indiquait que l’heure est venue. L’intrigue m’aspire dans leur direction avec l’obsession de savoir jusqu’où vais-je descendre dans mes profondeurs. Dorénavant je suis prête à entendre mes pulsions archaïques. Par ailleurs il n’est plus question de laisser mon esprit se jouer de moi en transformant cet univers en centre de loisirs, somme toute pour me protéger des désirs obscurs qui me dominent. Épreuve du feu, je compte bien voir la réalité telle qu’elle s’impose à moi.

Excitée à l’idée de libérer l’oiseau en cage vers un univers nouveau, j’accours, bousculant les âmes en émulation jusqu’à ce qu’entre deux épaules, une lucarne de lumière m’accable d’une image insensée ; une cloison dressée face à nous. Elle illumine légèrement le renfoncement plongé dans l’obscurité pour nous éviter d’entrevoir trop crûment notre propre indécence. Des trous béants de différents gabarits habillent cette façade énigmatique. Je ne tiens plus ce suspens et voudrais mettre l’œil dans l’écoutille pour savoir ce que dissimule la nuit. Des pénis sans corps sortent soudainement de l’ombre par les multiples ouvertures. Dressés devant nous, ils attendent, inexpressifs. Du rubescent à l’auburn, leur ligne érigée vers les cieux est un appel auquel certains répondent.
Guidée vers mes excès, je suis le mouvement et jette mon dévolu sur un grandiloquent sexe ébène devant lequel je m’agenouille. J’imagine l’homme à la peau brune qui se cache derrière. Sa stature impressionnante et ses muscles saillants semblent se dessiner à travers la paroi qui nous sépare. Mon voisin ? Un homme charmant ? ou le dernier des loosers ? Un violeur en cavale ? Un estropié ? Je voudrais savoir mais la connaissance reviendrait à tuer mon amant. Le fantasme est toujours plus ambitieux que le réel, raison pour laquelle certains ne s’essaient jamais à passer à l’acte au risque d’être déçus. Ils sont déjà morts pour moi.

Si seulement je pouvais jouer de mes yeux verts pour le séduire de quelques œillades assassines. Je suis certaine qu’il ne résisterait pas non plus à ma crinière ondulée qui me confère cet air tapageur de tigresse. Sans doute adorerait-il aussi ma peau ferme et bronzée dont les reliefs s’équilibrent parfaitement entre mon petit cul rebondi et mes seins rondelets. Quant à mes longues jambes, j’ose croire qu’elles lui donneraient un vertige érogène. 

Il est à ma merci. Je joue le jeu par mimétisme avec mes camarades de luxure. Elles se saisissent toutes d’un des sexes vulnérables. Ensemble, nous suçons ces hommes sans visage. Démunie de tout jeu de regard et autre apparat du désir, je fais de mon mieux car je n’ai que ce double décimètre tendu devant moi pour procurer l’allégresse à cet humanoïde. Je passe ma langue le long de sa verge, sentant les ramifications de ses veinules dopées par l’excitation. Suis-je un homme ou une femme pour ce prétendant sans nom ? Qu’importe ! Aux seules sensations prodiguées, il est à l’écoute. 
Son gland se love au creux des contours de ma bouche. En communion, je personnalise ce sexe car je n’ai guère que lui pour m’exciter. Je voudrais ressentir cet homme vibrer, voir ses yeux me quémander et découvrir son corps fébrile, trémuler sous mes succions appliquées. Livrée à ma propre imagination, ce lieu est définitivement celui de l’affabulation où chacun se perd aux confins de ses fantasmes qu’aucune règle ne régule. Une parenthèse enchantée s’offre à nous ; chacun en fait son échappatoire avant de remonter à la surface pour retourner sur les rails socialement édictés comme d’illustres inconnus. Certes ! 
Alors je profite de mon moment de gloire. J’entends les voix implorer qu’on les fasse jouir, de l’autre côté du mur. En chœur, les unes et les autres se mélangent en canon de sorte que je ne puisse distinguer celle de mon pénis ambulant. Les consonances de lamentation nous conjurent d’exprimer davantage notre éloquence buccale. J’ai l’impression d’être un disciple lors d’une messe noire où les protagonistes entrent en transe, s’influençant dans la débauche en s’adonnant conjointement et sans limite. Chacun cautionne son voisin prêcheur en agissant tout aussi hardiment. La frénésie ambiante déchaîne les démons qui nous habitent et ne s’exorcisent qu’à la nuit tombée. Je sens le sexe noir se contracturer dans ma bouche tandis que je suis surprise par cette main droite qui se fraie un chemin dans un trou concomitant afin de rejoindre ma chevelure. Cette verge a une main ! 

***

Mille mercis à Stella Tanagra pour cet extrait des Profondeurs, une nouvelle que vous retrouverez dans son recueil de nouvelles érotiques "Sexe Primé" fraîchement publié aux Editions Tabou.

Vous pouvez retrouver Stella sur son site et la découvrir à travers une interview accordée à Théo Kosma sur son site Plume Interdite (1ère partie et 2ème partie).

Et cerise sur le gâteau, la belle Stella est également modèle de photos érotiques. C'est bien elle que vous pouvez admirer sur la couverture de son recueil de nouvelles, Sexe Primé :-)