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Rose

Rose

Publiée le 17 mai 2016  

J'ai eu le plaisir de publier il y a quelques temps déjà, Bleu, une nouvelle érotique de Coline Mauret parue dans l'ouvrage Couleurs publié chez Onlit Editions.

Cette année, Coline Mauret publie un nouveau recueil de nouvelles au titre prometteur : "L'origine du Monde". Vous y retrouverez Bleu mais également Rose, que je publie ci-dessous.

Dans Rose, l'auteur aborde un sujet que nous n'avons jusqu'à présent éludé dans ces pages : la sexualité de nos aînés. J'espère que ce texte quelque peu différent de ce que vous avez l'habitude de lire sur le site saura vous séduire.

Et bonne nouvelle pour les amateurs de littérature érotique : Onlit Editions offre 5 exemplaires papier et 5 exemplaires numériques de l'Origine du Monde aux lecteurs de Nouvelles Erotiques. Pour cela, il vous suffit de laisser un commentaire en bas de l'histoire ou bien sur la page Facebook de Nouvelles Erotiques.

Les gagnants seront tirés au sort parmi les commentaires et je les contacterai par email pour ceux qui ont posté sur le site ou bien par message privé pour ceux qui ont répondu sur Facebook.

***

Pendant des semaines, chaque jour, il vint lui rendre visite dans la maison de repos où elle s’était établie. Comme sa vue baissait, après l’avoir embrassée, il déposait sur l’oreiller un ruban de satin rose avec lequel elle se caressait le visage en lui tenant la main. Un matin, il ne vint pas et le temps passa sans qu’il réapparût. Toute autre que Marthe se serait fait du souci. Sachant qu’il lui restait peu de temps à vivre, elle pensa qu’il valait mieux préserver le meilleur. Elle noua bout à bout les rubans, en fit une boule et l’accrocha à un des montants du lit. Avant de s’endormir, elle la palpait en souriant.

Marthe était une violoniste de renom et elle avait déjà septante-cinq ans quand on la sollicita pour accompagner un groupe de musiciens dans ses déplacements en Belgique et à l’étranger. Avec ses yeux d’un bleu intense et ses cheveux bouclés, courts et blancs, elle charmait tout le monde. Elle ne s’habillait que de noir et de blanc. Du velours en hiver et de la soie en été. Paul, le saxophoniste, en tomba amoureux dès le deuxième concert. Il parla à la maison de cette dame âgée, si agréable à regarder.
Sa femme, dans la cinquantaine comme lui, lança un jour à son mari : « Va saluer la vieille madame R, elle doit se sentir bien seule. » Ainsi tout naturellement, encouragé par son épouse, Paul rendit visite à Madame R et en devint l’amant. Marthe n’était pas seulement élégante, elle était aussi très sensuelle dans sa façon de parler, de bouger, de regarder l’autre dans les yeux. Jusqu’à présent, elle avait reçu Paul en déshabillé de satin noir, leurs caresses avaient été tendres et enveloppantes, mais elle espérait davantage de leurs rencontres. Elle se sentait pleine de gourmandise pour Paul et souhaitait le voir devenir plus audacieux. Elle craignait qu’il la ménageât comme si, étant menue, elle avait des os de verre.

Elle rêva de sous-vêtements ajustés qui mettraient ses formes en valeur.
Quand elle entra dans un commerce de lingerie, elle eut beaucoup de mal à se faire comprendre. Dès qu’elles la virent, les vendeuses sortirent de leurs tiroirs les habituels dessous réservés aux personnes d’un certain âge, soutiens à balconnets fermés, culottes serrées à la taille, corsets immondes faisant boudiner la peau, le tout dans des tons fades ou couleur chair. Elle n’osa afficher clairement ses goûts et sortit vexée.

Après plusieurs tentatives infructueuses, elle se décida à franchir le seuil d’une boutique sexy. Elle se fit accompagner par une amie. Là, elle reçut un accueil compréhensif et chaleureux.
Marthe essaya plusieurs ensembles et arrêta son choix sur un des plus sobres, d’un mauve soutenu qui contrastait sans violence avec la blancheur de sa peau. « Il aime les couleurs sombres », pensa-t-elle.
Le jour où Paul devait venir, elle enfila ses nouveaux dessous et y ajouta des bas noirs légèrement ajourés. La porte d’entrée de l’appartement était entrouverte, car Marthe attendait toujours son amant au lit. On sonna, ce qui l’étonna, mais ne la fit pas se lever.
— Entre mon doux chéri, je t’attends.
Personne ne bougea, quelqu’un toussa.
— Madame, excusez-moi, je viens relever les compteurs d’eau. La porte de l’immeuble étant ouverte, je me suis permis de monter directement chez vous. Je repasserai un autre jour.
— C’est préférable, je crois.
— Encore toutes mes excuses, Madame.
— Allez, sauvez-vous. Soyez discret, s’il vous plaît !
Marthe se mit à rire et quand Paul entra, elle riait encore de sa mésaventure qu’elle lui raconta. Paul se déshabilla rapidement et se glissa tout contre elle. Il sentit contre sa peau la soie des sous-vêtements. Soulevant délicatement le drap, il vit combien, malgré son âge, son amante était belle et désirable dans ces presque-rien qui la couvraient à peine. Il l’embrassa sur le visage, sur la bouche puis descendit tout le long de son corps avec des baisers doux et aériens. Elle ronronna et remua son corps avec beaucoup de langueur. Il leva les yeux vers elle. Son regard insistant et malicieux le confondit. Il fit glisser le cache-sexe, laissa le porte-jarretelle et les bas noirs. Sa fine toison l’excita. Il se perdit entre ses cuisses et se mit à embrasser son sexe avec fougue. Marthe gémit, sentit des ondes de plaisir la parcourir puis elle fut secouée par un spasme qui lui arracha un long cri.

— Est-ce salé ou sucré ce qui sort de moi ? Je n’ai jamais osé poser la question à qui que ce soit, mais j’aimerais que tu me dises.
— C’est chaud et agréable. J’aime te boire, Marthe, j’ai hâte de venir en toi, tu me fais perdre la tête.
Il la pénétra avec un vif plaisir. Elle aima le sentir vibrer en elle, s’émut d’être encore si réceptive. Les notes qu’elle chanta exprimèrent tout son bonheur. Chaque semaine, il revint prendre le corps de cette femme dont la tendre passion et l’absence de gêne autorisaient tous les gestes de l’amour. Jamais Paul ne s’était senti autant aimé, autant désirant et désiré que dans cette rencontre singulière.

Marthe avait une connaissance du sexe masculin qui le subjugua. Aucune femme ne l’avait auparavant caressé ni aspiré de la sorte, elle pouvait lui donner du plaisir longuement avec ses mains enveloppantes ou sa bouche chaude. Elle le faisait s’approcher de l’extase jusqu’à ce que cela en devienne intolérable et qu’il la supplie de le laisser exploser. Il hurlait alors tant la décharge était longue et puissante. Repu, il se couchait dans ses bras et ils s’endormaient tous les deux, apaisés et heureux.
Marthe prit congé du groupe quelques années plus tard, mais les amants continuèrent à se voir longtemps chez elle.
Quand elle eut nonante ans, elle décida de quitter la ville. »

 

***

Mise à jour du jeudi 19 mai à 09h20. Je viens de procéder au tirage au sort parmi les 20 commentaires du site et les 2 commentaires Facebook. Les commentaires du site sont numérotés de 1 à 20, 1 étant celui qui s'affiche en bas de la page : "goffaux" et 20 étant le plus récent en haut des commentaires : "Johanne". Sur la page Facebook, le numéro 21 est attribué à Nicole et le 22 à Michel.

Voici les résultats : 

Pour les 5 livres au format papier : 

     

Félicitations aux heureux gagnants : Domi, Nicole Goffaux, Daniel, Masoud et Pascal Doré. 

Et voici maintenant les 5 personnes qui vont recevoir l'Origine du Monde au format numérique : 

       

Michel, JJ, Henri G, Stoupi et Ercgol, vous êtes de petits chanceux :-)