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Train de nuit

Train de nuit

Publiée le 09 février 2017  

Le contrôleur poinçonne mon ticket, puis s’adresse à son confrère :
— Voiture 17, couchette 51.
Je récupère mon titre de transport et la main du contrôleur se tend déjà vers la personne qui me suit dans la file. À aucun moment, il ne m’a jeté le moindre regard.
Ça m’agace et pendant une fraction de seconde, l’envie me prend de lui faire remarquer que je ne suis pas un meuble, mais je n’en fais rien. C’est comme ça que les choses se passent de nos jours…
Je me contente de poursuivre ma route et de me diriger vers ma couchette.
Arrivée devant la porte de la voiture 17, je baisse la poignée de ma valise à roulettes et hisse mon bagage à l’intérieur du wagon.
Le couloir est désert, les compartiments devant lesquels je passe tous vides. À croire que je vais voyager seule !
J’arrive au cinquième compartiment. Les quatre couchettes sont préparées, mais il n’y a personne. Aucun bagage non plus.
Je profite de ce calme pour m’installer le plus confortablement possible. L’échelle mise en place, ma valise posée dans l’espace réservé aux bagages au-dessus de la porte, je m’enferme le temps de me changer.
Il fait chaud en ce mois de juillet : une nuisette à bretelles me suffira pour dormir. À tout hasard, je conserve tout de même un gilet à manches courtes, histoire d’être présentable lorsque mes compagnons de voyage apparaîtront. Je ne voudrais choquer personne !

Les minutes passent. Personne n’arrive. Sur le quai, devant moi, je vois bien des gens passer. Seuls, en couple, en famille… Quoi qu’on en dise, les trains de nuit attirent encore du monde. Mais tous continuent vers la partie du train réservée aux passagers de seconde.
Faut-il en déduire que les adeptes du train de nuit n’ont pas les moyens de s’offrir une couchette en première classe ? Ou que ceux qui en ont les moyens préfèrent utiliser l’avion ?
Pour ma part, j’ai toujours aimé les trains de nuit. Cette façon de s’endormir quelque part pour se réveiller ailleurs m’a toujours fascinée. Voyager en dormant, comme en rêve, mais dans la réalité. Et puis, l’intimité qui s’installe de fait entre occupants d’un compartiment. Dormir aux côtés d’un étranger, l’entendre respirer, gémir, se tourner… Même ronfler, parfois, cela m’émeut.
Quand nous descendons du train, une vraie relation de connivence s’est installée entre nous. Fugitive. J’aime ce lien, aussi intense que bref.
Ce soir, malheureusement, j’ai bien l’impression que je vais devoir en être pour mes frais : si quelques personnes se sont installées dans les premiers compartiments de la voiture, aucune n’est entrée dans le mien.

Bientôt, le message de départ résonne dans les haut-parleurs. Le train va démarrer.
« Attention à la fermeture des portières. Attention au départ ! »
Lentement, comme engourdi, le wagon se met en marche. Le quai vide défile devant mes yeux. Seules taches de lumière : les pendules et les panneaux publicitaires. Bientôt, le rythme s’accélère, les lumières deviennent floues et se transforment en lignes qui clignotent devant des graffs plus ou moins artistiques.
Debout dans le couloir, les deux bras appuyés sur la barre qui longe les fenêtres, le front posé sur la vitre, je profite de l’instant présent. Du calme. De la nuit.
Un claquement soudain me fait sursauter : c’est la porte, à l’extrémité du wagon, qui vient de s’ouvrir. Les deux contrôleurs qui vérifiaient les titres de transport sur le quai remontent le train en direction de la voiture de tête.
Je recule dans le compartiment pour les laisser passer.
Celui auquel j’ai eu affaire est le premier. Il s’approche, toujours sans me jeter le moindre regard, passe devant moi, puis disparaît à l’autre extrémité du wagon.
Son collègue a l’air très intéressé par ma tenue. Ralentissant à mon niveau, il jette ostensiblement un regard gourmand dans mon décolleté.
« Bonne nuit, madame ! » lance-t-il en souriant de toutes ses dents, avant de se lécher la lèvre supérieure.
Je le toise du regard sans répondre et croise mes bras sous ma poitrine. Il sourit alors de plus belle et continue son chemin en sifflotant.
Je reste encore quelques minutes debout et puis, quand les lumières se font plus rares, j’entre dans mon compartiment, ferme la porte et m’installe sur ma couchette.
Un soupir d’aise m’échappe ; je sens que je vais bien dormir…
Dans l’obscurité quasi-totale du compartiment, bercée par le bruit des roues sur les rails, je ne tarde pas, en effet, à plonger dans le sommeil. Un sommeil parsemé de rêves en tout genre.
Mes nuits en train sont toujours pleines de sensations, en général plutôt agréables, et cette fois ne fait pas exception à la règle…
Une impression de lumière, aussi chaude et intense que brève, vient me distraire. Je sens comme un léger courant d’air. Un souffle. Une petite brise. Presque une respiration.
Un trouble étrange et délicieux m’envahit.
Le léger drap que j’ai conservé sur moi disparaît comme par enchantement et je sens alors des mains effleurer mon corps tout du long, des épaules jusqu’aux orteils. La légèreté de ce contact me fait frémir et tendre la tête vers l’arrière.
— Mmmhhh… »
Déjà, les mains remontent le long de mes jambes et se faufilent sous ma nuisette. Des doigts agiles se glissent sous le haut de mon string et le font lentement coulisser vers le bas. Lorsqu’ils atteignent le repli de mes fesses, ils me chatouillent un peu et je me contorsionne.
Le léger tissu qui recouvrait mon intimité frôle maintenant mes doigts de pied.
Je grogne un peu et tente de me retourner, mais on me maintient sur le dos. J’en ressens d’abord de la contrariété, mais les paumes chaudes qui caressent désormais mes cuisses m’ôtent toute envie de protester.
Instinctivement, j’écarte un peu les jambes. Les mains en profitent pour se faufiler à l’intérieur, là où la peau est si fine, l’humidité si odorante.
Des frissons commencent à naître dans mon bas-ventre. Une envie de me caresser me saisit, mais avant que j’aie le temps de la mettre à exécution, un souffle chaud chatouille ma vulve. L’extrémité d’une langue se met à jouer avec mes petites lèvres. Tourne tout autour de mon clitoris sans jamais le toucher.
Je me contorsionne de plus belle, gémissant, tendant mon entrejambe à celui ou celle qui s’en occupe si bien. Et puis, tout à coup, plus rien.
Bon sang, pourquoi faut-il que mon rêve s’arrête en si bon chemin ?


Ma frustration a dû arriver jusqu’à mon inconscient et le convaincre de faire quelque chose pour moi car les choses reprennent leur cours exactement là où elles s’étaient arrêtées.
Les mains sont de retour sur mon corps. Coulissent lentement de mes chevilles, qu’elles ont largement écartées, jusqu’en haut de mes cuisses. Leur pression irrégulière, tantôt forte, tantôt d’une légèreté insoutenable, me fait trembler tout entière. J’en écarte les orteils de délice.
Des bras se mettent à intervenir. Se glissent sous mes genoux et replient mes jambes, tout en les maintenant écartées. Je me sens soulevée, bousculée… Le bruit des roues du train sur les rails se fait plus fort ; les vibrations m’envahissent.
— Haannn !
— Mmmhhhh… »
D’une longue poussée, un sexe – masculin, à n’en pas douter – vient de s’enfoncer dans le mien.
Des cuisses sont maintenant sous mes fesses. Je les sens musclées, à peine velues. Des épaules s’appuient à mes mollets. Les mains pétrissent mes seins, d’abord au travers de ma nuisette, puis directement, après avoir fait coulisser ses bretelles sur mes bras.
J’ai les tétons en érection, le ventre en feu, les mains agrippées à la couchette, quand démarre un pilonnage en règle qui ne tarde pas à me caler la tête contre la paroi.
Les coups sont amples, profonds, souples, mais ne stimulent pas assez mon clitoris à mon goût. Les jambes écartelées, j’agrippe alors les épaules et me relève. Les seins en avant, je m’offre au passager clandestin de ma nuit.
Ses mains passent dans le bas de mon dos et je me sens soulevée de plus belle. Un vertige me prend. Des barreaux me râpent le dos. Où suis-je arrivée ?
Les vagues de plaisir qui m’envahissent et me transportent ne m’aident pas à y voir clair, mais enfin, je comprends : j’ai le dos en appui sur l’échelle qui mène aux couchettes supérieures, les cuisses maintenues grandes ouvertes, les pieds en l’air, et un corps d’homme s’appuie contre le mien.
Son souffle rauque et chaud me chatouille l’oreille, les battements de son cœur résonnent jusque dans ma poitrine, et son sexe…
Son sexe me rend folle.
Je n’en peux plus. Je crie mon plaisir. Je plante mes ongles dans son dos, ce qui le fait onduler encore plus vite.
Dans un dernier mouvement, il se cabre. Je sens des giclées de sperme inonder l’intérieur de mon vagin. Un long grognement part vers le plafond et je remercie mon amant d’un long suçon infligé à son cou.


Quand le message annonçant notre arrivée un quart d’heure plus tard à destination retentit dans le compartiment, je m’étire langoureusement. Cette nuit dans le train a été merveilleuse et je me sens en pleine forme.
Des bribes de mon rêve de la nuit me reviennent peu à peu. Tout cela semblait tellement réel. J’en ressens un trouble certain. Une humidité familière et joyeuse apparaît entre mes jambes et, les yeux toujours fermés, je glisse ma main droite le long de mon ventre. M’étonne d’atteindre directement mon sexe sans être gênée par le moindre morceau de tissu.
Un peu déconcertée, je glisse mes doigts un peu plus loin. Titille doucement mon clitoris. Juste quelques secondes : le temps de me mettre en appétit. Continue vers l’entrée de ma vulve.
Elle est tout ouverte, suintante, odorante…
Mes doigts se faufilent à l’intérieur, s’étonnent de la quantité de liquide qu’ils rencontrent, me caressent doucement… puis plus vite.
Bientôt, je ressens les pulsations caractéristiques de l’arrivée d’un orgasme. Mes doigts s’immobilisent, mon corps se tend. Bon sang que c’est bon !
Un sourire aux lèvres, j’approche mes doigts de mon nez : j’aime m’enivrer de leur odeur lorsqu’ils viennent de me donner du plaisir. Mais quelque chose est différent aujourd’hui.
J’inspire à petits coups, plusieurs fois. Je lèche mes doigts. Aucun doute n’est possible : cette odeur, ce goût…
J’ai du sperme dans mon vagin et il ne peut pas provenir de moi. Une conclusion s’impose : mon rêve n’en était pas un.
Mais qui donc m’a rejointe pendant la nuit ?


Les yeux grands ouverts, cette fois, je fais le tour de mon compartiment. Personne. Je suis toujours seule sur ma couchette. L’échelle est toujours telle que je l’ai placée la veille. Le souvenir des va-et-vient de ses barreaux sur mon dos m’amène une vague de plaisir inattendue dont je tente de faire fi.
Il faut que je comprenne.
Tout au bout de la couchette, roulé sur lui-même, mon string me nargue. Non, il n’est pas arrivé là tout seul.
Soudain, l’image du contrôleur passant devant moi et me souhaitant une bonne nuit en lorgnant mes seins me revient en mémoire.
« Le salopard… »
La colère m’envahit. De quel droit cet homme s’est-il permis de me rejoindre pendant la nuit ? Sans un mot, sans s’inquiéter de ce dont je pouvais avoir envie ou pas !
« C’est vrai, mais reconnais que c’était plutôt sympa », rétorque aussitôt une petite voix dans ma tête.
Je grimace, tout en me préparant pour descendre du train. C’est vrai que dans mon rêve – qui n’en était donc pas un – j’ai joui comme cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Ce « salopard » m’a fait passer un moment plus qu’agréable.
N’empêche… Le souvenir de la façon dont il m’a reluquée n’est pas agréable, lui.
Et si je le croise en quittant le train ? Qu’est-ce que je fais ? Très vite, une décision s’impose : rien ! Je ne peux ni l’engueuler pour son regard indélicat, ni le remercier pour sa visite nocturne.


Prête à retrouver le monde normal – et le quai d’une gare – j’ouvre la porte de mon compartiment et tente un regard dans le couloir. Deux personnes attendent déjà, tout au bout, que le train s’arrête. Aucun contrôleur à l’horizon. Je respire un peu.
La main posée sur la poignée de ma valise, j’attends mon tour pour descendre sur le quai. Devant moi, un père de famille est occupé à descendre ses bagages pendant que sa fillette l’attend sagement en haut des marches du wagon.
La porte pneumatique qui mène à la voiture suivante s’ouvre dans un bruit de chuintement caractéristique. Instinctivement, je tourne la tête. Les deux contrôleurs sont là.
Le sourire du premier s’élargit lorsqu’il me voit. Tu parles…
— Bonjour ! Bien dormi ? me lance-t-il.
J’hésite. Il y a du monde autour ; je ne voudrais pas passer pour une pimbêche. Je hoche rapidement la tête.
— Ça va, oui.
Souriant toujours, il s’approche de la fillette.
— Viens, je vais t’aider à descendre.
L’enfant lui tend les bras. Il la soulève et descend sur le quai. Une voix me tire alors de mon étonnement.
— Vous voulez de l’aide pour votre valise ?
C’est l’autre contrôleur. Celui qui ne m’a jamais accordé la moindre attention. Agréablement surprise, je lui adresse un sourire radieux.
— Volontiers, oui !


Sur le quai, il me tend mon bagage en me souhaitant une bonne journée. Lorsqu’il passe devant moi pour rejoindre son collègue, je remarque tout à coup une tache rouge cerise à la base de son cou. Je me souviens alors de mon suçon enflammé de la nuit…
Et moi qui croyais qu’il ne m’avait même pas regardée !
Sidérée, je reste plantée là. Incapable de bouger. Il faut qu’une main se glisse sous mon bras pour que je réagisse.
— Bonjour, chérie. Tu as fait bon voyage ?

***

Merci beaucoup à Maud Eliet, l'auteur de cette nouvelle. Vous avez aimé ? Dites-le nous en commentaire.