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Une prof sous chantage

Une prof sous chantage

Publiée le 10 octobre 2013  

Noémie Fox est une enseignante froide et autoritaire qui se prend d’affection pour l’une de ses élèves. Toutefois, en agissant de la sorte, elle s’expose à un odieux chantage. Elle est bientôt contrainte d’exécuter des ordres de plus en plus abjects pour préserver son existence. Bien décidée à découvrir l’identité de ce mystérieux maitre-chanteur, Noémie brise la glace des apparences pour plonger dans la fournaise de sa véritable nature. Saura-t-elle refaire surface avant que sa vie ne vole en éclats ?

***

Chapitre 1 

Veronica est venue fêter mon trentième anniversaire. Souffler toutes ces bougies est un cap symbolique. Je quitte l’insouciance de la vingtaine pour devenir une personne responsable. C’est l’esprit serein que j’appréhende ce changement de statut, car j’ai su profiter de mes jeunes années avec une désinvolture épanouissante. La visite de mon amie est une réelle surprise, car je n’avais pas envisagé de fêter l’événement. Je soupçonne ma sœur aînée de ne pas être innocente à l’affaire. Elle n’a jamais manqué un seul de mes anniversaires. Aussi, je trouve particulièrement étrange qu’elle ait eu un empêchement de dernière minute cette année. Je suis certaine qu’il s’agit d’un coup monté pour me laisser seule avec mon amie. En dehors de notre cohabitation et d’une certaine ressemblance physique, ma sœur et moi partageons un amour commun pour les femmes. L’une comme l’autre, nous nous revendiquons lesbiennes.

                Veronica est une femme à la silhouette élancée, mais à la poitrine généreuse. Sa peau blanche presque blafarde contraste avec sa longue chevelure ondulante d’un noir de jais. Son corps sculptural que je jalouse affectueusement lui permettrait aisément d’entreprendre une carrière dans le mannequinat. Nous nous sommes rencontrées dans un café situé non-loin de l’école où je travaille. Tout d’abord, nous avons échangé quelques civilités, puis nos relations sont rapidement devenues plus chaleureuses. Nous nous sommes rapprochées. A plusieurs reprises, nous sommes allées déjeuner dans des brasseries ou voir des films au cinéma. Avant que nous puissions nous en rendre-compte, nous étions devenues inséparables. Mon célibat et mon attirance pour les femmes m’ont poussé à flirter quelques temps avec elle. Cependant, nous ne sommes jamais allées bien loin, car Veronica est mariée et mère de famille ! Elle m’a confié être tentée par une expérience, mais que la raison et la bienséance l’en empêchent.

Pour dire vrai, je ne connais pas grand-chose de sa vie privée et c’est mieux ainsi. Nous apprécions notre amitié telle qu’elle est. Elle hausse un sourcil interrogateur, tandis que je lui offre un cocktail. Un sourire amusé passe sur ses lèvres et elle me lance : « N’essaies surtout pas de me saouler. Je pourrai te faire des propositions indécentes.

- Donne-moi immédiatement ton verre que je le remplace par deux doigts de Bourbon, répliqué-je. »

                Sur ces mots, nous éclatons de rire. La soirée poursuit son train et j’apprends que mon amie a trente cinq ans. Elle parait plus jeune. Nous buvons quelques coupes en discutant de choses et d’autres, puis Veronica se lève d’un bond. Elle me demande l’autorisation de se servir de ma chaine stéréo. J’acquiesce d’un hochement de tête et l’observe chercher un disque dans ma collection.

                Elle se retourne brusquement en s’exclamant : « Tu fréquentes des sites de rencontres ! » Un moment m’est nécessaire pour comprendre ce qu’elle veut dire. Sous l’étagère des disques, l’ordinateur portable de ma sœur est resté connecté à Internet. Amusée, je lui explique à qui appartient cet ordinateur à la coque de plastique rose avant d’ajouter : « Serais-tu jalouse ? » Pour toute réponse, je n’obtiens qu’un sourire énigmatique. D’une démarche faussement hautaine, elle se dirige vers ma chaine stéréo, un disque à la main. 

Perchée sur ses talons-aiguilles, Veronica campe fermement devant moi, tandis qu’une musique langoureuse nous enveloppe. Son regard plonge dans le mien avec une rare insolence, tandis que ses lèvres charnues me lancent un baiser. Une vague de chaleur s’empare de moi, lorsqu’elle écarte les pans de sa veste blanche pour laisser apparaître un corsage brodé et immaculé. Dans un geste langoureux, elle bascule une épaule en arrière pour faire glisser une manche, puis recommence de l’autre côté. La veste chute silencieusement sur le sol.

                Sans me quitter des yeux, ses mains passent sur son ventre plat, puis remontent lentement vers sa poitrine. A travers le tissu tendu de son corsage, elle empoigne doucement ses propres seins pour les soupeser. Ma gorge devient affreusement sèche. Veronica passe les mains dans ses cheveux pour les relever au-dessus de la tête avant de les laisser tomber en une cascade soyeuse et ténébreuse. Sans que j’y prête attention, ses bras sont redescendus pour se croiser sur son ventre. Elle se saisit du bas de son corsage et mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Elle ne va tout de même pas faire cela ! La réponse ne se fait guère attendre. Veronica lève lentement son vêtement, dévoilant sa peau laiteuse centimètre par centimètre. Un frisson remonte le long de ma colonne vertébrale. Elle fait passer le corsage au-dessus de sa poitrine généreuse, laissant ainsi apparaître un soutien-gorge de dentelle blanche mettant en valeur ses seins lourds et ronds.

                Evidemment, j’ai déjà vu certaines de mes amies en bikini sur la plage ou en sous-vêtements dans une cabine d’essayage d’un magasin. Cependant, les choses sont cette fois-ci très différentes. Veronica se déshabille expressément pour moi ! Elle m’offre un strip-tease pour mon anniversaire.

                Les hanches de mon amie se balancent de gauche à droite au gré de la musique. Ses mains parcourent les courbes envoûtantes de son buste, puis glissent jusqu’à sa minijupe. Veronica a tôt fait de la déboutonner et de la faire descendre en se contorsionnant langoureusement. Mes yeux sont écarquillés de stupeur. Elle s’est toujours refusée à moi et aujourd’hui, elle se retrouve en string et soutien-gorge blancs dans mon salon ! Je peine à y croire.

                Je n’ai pas le temps de me remettre de mes émotions que mon amie s’agenouille devant moi. Ses mains chaudes se posent sur mes genoux avant de remonter vers l’ourlet de ma jupe. Ses doigts palpent la chair de mes cuisses. N’y tenant plus, je lui caresse les seins à travers la dentelle de son soutien-gorge. Veronica écarte mes mains et entreprend de déboutonner mon chemisier. Elle fait preuve d’une assurance que je ne lui connaissais pas et cela me plait beaucoup. Elle écarte les pans de mon vêtement pour mettre ma poitrine à nu. Fidèle à mon habitude du soir, je ne porte aucun soutien-gorge ! Mes seins lourds et ronds n’ont rien à envier à ceux de mon amie et elle s’empresse de les empoigner à pleine main. Elle se penche en avant pour que sa bouche vorace puisse gober d’un de mes mamelons érigés.

                Veronica me regarde droit dans les yeux, tout  en donnant de petits coups de langue sur chacun de mes tétons. Des décharges de plaisir se propagent dans l’ensemble de mon corps, tandis que ma respiration s’accélère. Mon amie se redresse sur les genoux pour se débarrasser de son corsage et de son soutien-gorge tout en se caressant ostensiblement la poitrine. Je suis véritablement enchantée par le cadeau d’anniversaire que m’offre cette femme d’ordinaire si prude !

                Avec un sourire charmeur, accompagné d’une œillade coquine, elle se couche sur moi. Ses seins s’écrasent contre les miens. Ils roulent les uns sur les autres, tandis que le corps de Veronica ondule au rythme de la musique. Sa bouche vient à la rencontre de la mienne et nous échangeons un baiser passionné. Dans une profusion de salive, sa langue passe entre mes lèvres. Je froisse le tissu de sa minijupe en m’agrippant à ses belles fesses rebondies. Cette fois-ci, mon amie ne tente nullement de se soustraire à mon étreinte. Au contraire, elle se presse davantage contre moi.

Veronica arrache ses lèvres aux miennes encore entrouvertes, puis me regarde fixement en battant rapidement des paupières. D’un mouvement de la tête, elle jette en arrière sa longue chevelure noire, puis me murmure à l’oreille : « Allons dans ta chambre. » Je m’exécute sans chercher à discuter.

 

Chapitre 2

 

                Des rais de lumière orangée passent à travers les persiennes. Ma chambre est ainsi zébrée de bandes d’ombre et de lumière. Un rapide coup d’œil à mon réveil m’indique qu’il est six heures et demi. Le soleil est en train de se lever et je m’étire longuement dans mes draps de soie. Des mains ne tardent guère à me caresser le dos, puis les flancs. Je réprime un frisson en sentant des doigts passer sous mes aisselles pour venir effleurer ma poitrine. J’aime être réveillée de la sorte ! Avec un sourire radieux accroché aux lèvres, je me retourne pour faire face à Veronica. Sa chevelure de jais lui couvre partiellement le front et une mèche folle cache l’un de ses yeux à la manière d’un bandeau. Ses lèvres pulpeuses s’étirent en un sourire enjôleur attisant mon désir.

                Alors que je me sens toujours un peu chiffonnée au réveil, Veronica demeure magnifique. Je glisse une main dans ses cheveux pour dégager son beau visage en disant : « Bonjour. As-tu passé une bonne nuit ?

- Cela a été l’une des meilleures de ma vie, Noémie.

- L’une des meilleures, répété-je avec une petite moue boudeuse !

- Cela aurait pu être la meilleure, mais tu as refusé que j’enfonce mes doigts et ma langue dans ton petit trou. Tu as perdu des points, ma belle.

- Je n’aime pas lorsqu’on touche à mon anus. C’est très certainement dû à mon éducation stricte, mais cela me met terriblement mal-à-l’aise.

- J’ai du mal à te comprendre, soupire Veronica. Nous avons baisé pratiquement toute la nuit et je peux t’assurer que tu es une fille complètement délurée. Tu m’as fait découvrir des choses que je n’imaginais même pas possibles ! Comment peux-tu être à la fois si prude et si dévergondée ? »

                Je prends sa remarque pour un compliment et je l’accepte avec enthousiasme. Il est vrai que cette nuit a été magique. J’en suis exténuée, mais tellement heureuse. Je ne me suis jamais autant donnée à une femme. Veronica est vraiment un être à part. C’est une fleur somptueuse qui pousse et s’épanouit dans le jardin de la médisance et de l’intolérance. Elle a su affirmer son attirance pour les femmes en me maintenant éveillée jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Mon sexe est encore quelque peu endolori d’avoir tant jouit.

                D’une main, je lui caresse délicatement la joue en lui souriant. « C’est un merveilleux cadeau d’anniversaire que tu m’as offert, dis-je en refoulant des larmes de joie. Qu’as-tu dit à ton époux pour qu’il accepte que tu découches cette nuit ?

- Pour dire vrai, il ne l’accepte pas. Je l’ai quitté la semaine dernière et je demande le divorce. »

                Mon cœur fait un bond dans ma poitrine et j’écarquille de grands yeux ronds. Veronica a toujours tenu à ce que notre relation demeure secrète pour préserver sa famille. Aussi, sa révélation me stupéfie. D’un ton hésitant, je lui demande : « Pourquoi as-tu fait cela ?

- J’ai rencontré quelqu’un, se contente-t-elle de répondre avec un sourire espiègle.

- Qui ?

- C’est une fille extraordinaire et je crois que j’en suis tombée follement amoureuse. »

                Devinant qu’elle parle de moi, je la saisis par la nuque pour l’embrasser à pleine bouche. Nos langues se cajolent un long moment dans une profusion de salive. Cette déclaration d’amour est le plus beau des gestes d’affection qu’elle puisse me témoigner. Il surpasse même la nuit torride que je viens de passer. Mon cœur se met à battre la chamade, puis éclate en mille morceaux lorsque Veronica ajoute : « Elle s’appelle Julie et je l’ai rencontrée au centre commercial. »

                Ma joie disparait comme une flamme que l’on souffle. Ma lèvre inférieure se met à trembler nerveusement. Ma gorge devient affreusement sèche me rendant incapable de prononcer le moindre mot. En un instant, mon monde vient de s’écrouler ! Je cligne plusieurs fois des yeux en la dévisageant, puis je parviens à rassembler mes forces pour bredouiller : « Tu… Tu me quittes également ! Pourquoi ?

- Nous avons vécu une magnifique aventure, Noémie. Dès le début, nous savions que notre relation ne durerait pas et pourtant j’en suis venue à faire un choix de vie décisif. Grâce à toi, j’ai découvert celle que je suis réellement. C’est à toi que je le dois et je ne pourrai jamais t’oublier, Noémie. Cette nuit passée dans ton lit est bien plus qu’un simple cadeau d’anniversaire ; c’est une façon de te remercier.

- Pour moi, cela ressemble plutôt à un cadeau d’adieu. »

                Une expression peinée passe sur le visage de Veronica. Mes aventures avec les femmes n’ont jamais perduré dans le temps et cela m’a toujours plus ou moins convenu. Cependant, les choses sont quelque peu différentes en ce qui concerne la jeune femme allongée à côté de moi. Sa plastique parfaite m’a tout de suite plu, mais c’est à sa personnalité que je me suis le plus attachée. Insidieusement, je me suis mise à aimer notre relation secrète et peut-être également à aimer Veronica. Suis-je tombée amoureuse d’elle ? Devinant mes pensées torturées, Veronica m’embrasse tendrement les lèvres, puis me lance dans un murmure : « J’ai pensé que je te devais l’expérience d’une nuit avec moi avant de m’en aller. Je veux que tu gardes un agréable souvenir de notre relation. Prends bien soin de toi, Noémie. »

                Sur ces mots, elle se lève du lit. Dans la lumière du matin, son corps nu est pareil à une apparition onirique. Sa taille fine et ses fesses rebondies vont me manquer autant que ses seins ronds et ses lèvres charnues. Elle me sourit par-dessus son épaule, tandis qu’un voile de tristesse se pose sur moi.

 

Chapitre 3

 

Autoritaire et implacable ! C’est ainsi que certains élèves aiment me décrire. Je sais que des sobriquets tels que Mademoiselle pince-sans-rire ou la harpie aux gros nichons sont utilisés pour me désigner dans la cour de récréation, mais cela m’est égal. Force est d’admettre que j’entretiens volontiers ma réputation par des répliques cinglantes et des regards assassins. Mon apparente sévérité m’assure un contrôle presque absolu sur mes élèves. A défaut de respect, la crainte que je leur inspire est une garantie nécessaire au bon déroulement de mes cours. Je me nomme Noémie Fox et je suis professeure de littérature. Contrairement à ma vie privée, je suis parfaitement épanouie dans ma vie professionnelle. 

Debout derrière mon bureau, j’observe attentivement mes élèves, avant de me présenter. J’entame ma troisième année d’enseignement et mon discours de bienvenue est sensiblement le même que celui des précédentes rentrées scolaires. Mes propos sont solennels, mais tous y prêtent une oreille attentive. Je parcourt la salle des yeux et suis frappée par l’intensité du regard d’un adolescent posé sur moi. Installé au deuxième rang, il me dévore littéralement des yeux en me faisant presque perdre le fil de mes idées. Je détourne rapidement le regard pour éviter de balbutier comme une idiote et je conclue mon discours par une menace d’exclusion pour quiconque perturbe mes cours.

                Je suis habituée à ce que les élèves redressent la tête en me voyant. C’est d’autant plus vrai lorsqu’ils me rencontrent pour la première fois. J’avoue ne pas détester l’effet que je produis sur eux. J’adore surprendre sur moi le regard troublé des garçons et envieux des filles. J’aime la raideur de leurs gestes lorsque je me penche sur leurs travaux. Toutefois, il y a quelque chose de différent chez cet adolescent. Il s’agit de quelque chose me mettant mal-à-l’aise. Ses yeux sombres sont comme des charbons ardents sous les mèches brunes de ses cheveux.

                Je m’empare de ma liste d’élèves pour me donner de la contenance et débuter l’appel. Un à un, les élèves se lèvent en m’entendant prononcer leurs noms. Le garçon au regard de braise se met lentement debout lorsque j’appelle Tony Milano, puis se rassoit sans me quitter des yeux. Son attitude me déstabilise quelque peu et je déglutis silencieusement, tandis qu’une sensation de chaleur s’empare de mes reins. Les paupières plissées et les lèvres pincées, je le dévisage quelques instants avant de poursuivre l’appel.

                Il est surprenant de constater qu’en début d’année scolaire, la disposition des élèves dans la classe est toujours la même. Il y a les garçons d’un côté et les filles de l’autres. Il faut croire que leur timidité réciproque les empêche de se mélanger dès la rentrée des classes ! Cela m’amuse, car je sais que dans quelques semaines des approches vont s’opérer et que la disposition va changer du tout au tout. A cet âge, les adolescents n’ont qu’une seule chose en tête.

Je fronce les sourcils en constatant qu’un élève est absent. Je m’apprête à indiquer son nom sur la feuille d’absence lorsque quelqu’un frappe à la porte. Un adolescent à la peau mate, arborant une impressionnante chevelure noire et crépue se tient dans l’encadrement. Vraisemblablement originaire d’un pays du Maghreb, il est de petite taille et ne semble pas s’inquiéter de son retard. Ses grands yeux noirs me jaugent de la tête aux pieds et un sourire sardonique fend son visage juvénile. Il entre dans la salle en me disant : « Excusez-moi d’être en retard, madame !

- C’est mademoiselle Fox, le corrigé-je sèchement. Je suppose que vous êtes Mohamed BenSalem, n’est-ce pas ? Pouvez-vous m’expliquer la raison de votre retard ?

- Ce n’est pas de ma faute, mademoiselle Fox. C’est mon réveil qui n’a pas sonné. »

                Les élèves se mettent à rire et je réclame le silence pour rétorquer d’un ton autoritaire : « Achetez-vous rapidement un nouveau réveil ou je vous colle en retenue tous les soirs jusqu’à Thanksgiving.

- Nous nous connaissons à peine et vous voulez déjà que nous passions toutes nos soirées ensembles, dit-il en me défiant du regard !

- Vous avez gagné, Mohamed ! Je vous mets un premier avertissement pour mauvais comportement. Je vous rappelle qu’au bout de trois avertissements, c’est l’exclusion. »

Il n’a pas le temps de répliquer que je lui indique aussitôt une place disponible au quatrième rang. Sans se départir de son sourire, Mohamed se contente de hausser les épaules et de s’installer derrière la table désignée. Cette démonstration d’autorité vient de faire passer l’envie de rire à mes élèves. L’assurance de Tony vient de voler en éclats et il baisse les yeux devant moi, le rouge aux joues. Maintenant, chacun sait à quoi s’attendre avec moi.

Je m’installe sur ma chaise et c’est au tour d’un autre adolescent d’attirer mon attention. Il est assis juste en face de mon bureau et s’affale discrètement sur la table. Il occupe une place géographiquement stratégique dans cette salle de classe. Tous les ans, elle est occupée par un garçon qui se comporte de la même manière. Je sais pertinemment que depuis cette place, il peut à loisir observer mes longues jambes blanches sous ma jupe noire. Je me demande si les élèves qui occupent cette place ne vendent pas l’information d’une année sur l’autre ! Un rapide coup d’œil à ma liste d’élèves me permet d’identifier ce jeune voyeur comme étant Erwan McGowan. C’est un adolescent grassouillet aux cheveux gras et au visage rubicond. J’espère sincèrement qu’il compense son physique ingrat par de bons résultats scolaires.

                Je soupire lourdement, convaincue que certains de mes élèves vont me donner du fil à retordre. Néanmoins, un rapide coup d’œil sur l’ensemble de la classe me rassure. La plupart des adolescents paraissent angoissés de m’avoir pour professeure et je suis prête à parier que ma réputation, ainsi que ma précédente démonstration y sont pour beaucoup. Leurs regards inquiets me confortent dans l’idée qu’il ne risque pas d’y avoir de stupides tentatives d’esbroufe dans ma classe !

Ce premier cours de l’année se déroule sans incident. Il n’a pas fallu longtemps à Tony pour retrouver son assurance et de poser à nouveau un regard appuyé sur mon corps. Pour le moment, je ne peux rien y faire et puis, ce n’est pas déplaisant de plaire à des adolescents. Si je ne peux pas me soustraire aux yeux de Tony, ce n’est pas le cas pour Erwan. Je donne l’essentiel de mon cours en demeurant debout devant le tableau noir. Il aurait probablement aimé que je m’asseye pour observer mes jambes à loisir depuis la place qu’il occupe, mais je n’en fais rien. Je le vois se redresser sur sa chaise, dépité. C’est confirmé, ces garçons ne pensent décidemment qu’à cela !

Avant que la sonnerie annonçant la fin du cours ne se fasse entendre, je leur dis : « Vous me rédigerez un texte d’une page pour la semaine prochaine. Le sujet est : l’appartenance. Cet exercice ne sera pas noté, mais je vous demande de vous y appliquer et ce, afin que je puisse identifier vos forces et vos faiblesses rédactionnelles. Vous pouvez traiter le sujet en évoquant un objet ou un animal appartenant à quelqu’un.

- C’est la rentrée des classes, proteste une élève au fond de la salle !

- C’est précisément pour cela que je vous donne ce devoir à faire. Je vous répète qu’il ne sera pas noté à la condition que vous le fassiez. Ceux qui prendront le risque de ne pas me le rendre, auront un F. »

Ma menace est accueillie par des soupirs accablants et des protestations que je fais taire d’un simple regard. L’année vient à-peine de commencer que mes élèves sont déjà fatigués par le travail que je leur donne à faire ! Cela leur promet une brillante réussite scolaire ! La sonnerie se fait entendre et mes élèves rangent précipitamment leurs affaires pour quitter la classe.

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Vous venez de lire les 3 premiers chapitres d' Une prof sous chantage, livre de 202 pages écrit par Tobin Williams et publié chez Edilivre.

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