Rejoignez les 25 000 lecteurs qui reçoivent chaque semaine une nouvelle histoire coquine. abonnement à la newsletter

Jérôme le magnifique (1/4)

Jérôme le magnifique (1/4)

Publiée le 19 décembre 2014  

Dès la sortie du métro, Julie évite quelques traders pressés devant le palais Brongniart. Malgré son pas ralenti par sa robe moulante et ses escarpins, elle arrive rapidement au lieu du rendez-vous, une devanture noire dépourvue de toute enseigne. Elle parait sans doute bien mystérieuse pour tout un chacun,  mais pas pour Julie.

Il n’est pas là.

Le téléphone de Julie vibre. Elle parcourt le texte qui vient de s’afficher et au fur et à mesure de sa lecture, elle pressent au creux du ventre les plaisirs à venir. Julie va toutefois devoir pénétrer seule dans cet endroit, et elle n’aime vraiment pas ça.

Tout avait commencé un mois auparavant lorsque Jérôme l’avait contactée à propos de la troisième édition de son anniversaire libertin. Cette fois-ci, plus de marathon sexuel avec toutes ses amantes réunies, plus d’orgie flottante en péniche ! À deux, rien qu’à deux, après les excès pornographiques, Jérôme le magnifique désirait tendresse et intimité, il voulait de la simplicité, de celle dont jouissent les riches en piqueniquant dans les bois quand ils sont lassés des menus étoilés au Michelin. Mais le diable est dans les détails. Laquelle de ses nombreuses maîtresses choisir ? S’il avait d’imprescriptibles penchants, notamment pour elle comme il le lui avait confié au détour d’une de ses phrases faussement innocentes dont il avait le coupable secret, comment ne pas décevoir toutes celles qui attendaient impatiemment cet anniversaire pour le connaître enfin, ou retrouver une fois encore la chaleur de ses étreintes ? Pour que cette nuit soit inoubliable, il voulait la passer avec la plus motivée de toutes ses amantes qui se partageaient bon gré mal gré ses faveurs, mais qui deviendraient en cette occasion des rivales.

Une semaine plus tard, tout était réglé. Julie reçut un message de Jérôme, avec le lien pour télécharger une application Swingame sur son smart-phone. Quand elle l’ouvrit, elle découvrit un texte de son ingénieux séducteur. Il l’invitait à son fameux anniversaire qui commencerait dès l’après-midi du vendredi 8 juillet 2016 et se poursuivrait jusqu’à tard dans la nuit. Son message se terminait par un prometteur « Quoiqu’il advienne ce jour-là, prépare-toi à vivre des émotions fortes ! » et il lui demandait enfin d’ouvrir à nouveau cette application le jour J pour connaître les diaboliques détails.

Ce matin-là, l’application Swingame ne répondit pas aux questions qui s’étaient bousculées dans l’esprit de Julie tout au long de la nuit, mais lui donna une énigme de plus à résoudre : « Serait-ce parce que ce lieu est un nid d’amants qu’il s’est établi dans une rue qui évoque le vaudeville ? Rendez-vous à la caverne d’Ali Baba entre 14h30 et 17h30 ». Julie ne mit que quelques secondes à trouver le lieu en question mais ne parvint pas à comprendre pourquoi Jérôme lui avait donnée une aussi large fourchette horaire.

L’après-midi est bien avancée quand Julie sonne à la porte noire avant d’attendre d’interminables secondes sur le trottoir. L’entrée s’ouvre enfin sur un homme élégant, chaussures vernis, pantalon noir, chemise blanche à col cassé, nœud papillon, sourire ravageur et un loup noir rutilant autour de ses yeux rieurs. « Sésame ouvre-toi » tente aussitôt Julie avant qu’il ne lui pose la moindre question, et dès ce mot de passe prononcé, il lui ouvre largement la porte, l’invitant galamment à entrer. Elle pénètre aussitôt dans l’élégant club privé à la décoration Directoire revisitée, confie ses affaires au vestiaire et met son propre masque parfaitement ajusté à la forme de son visage plutôt que de choisir parmi ceux proposés par le club. Tandis qu’on lui sert une coupe de champagne au bar, les rideaux s’ouvrent sur l’arrière salle. Il en sort une jeune femme noire élancée en jupe tailleur et à la démarche hésitante, dont le sourire tremblant trahit une vibrante émotion. Julie ne l’a pas vue depuis quelques années mais elle reconnait cette femme timide et discrète qui quitte le club précipitamment. « Vous pouvez aller dans le carré VIP, c’est le dernier salon qui vous a été réservé » lui dit l’homme au masque rutilant.

Coupe de champagne en main, Julie ouvre le premier rideau, traverse le salon aux banquettes confortables où s’ébattent déjà deux couples côte à côte, et après une imperceptible hésitation, elle traverse le second rideau qui donne sur le carré VIP. Elle y découvre une véritable caverne d’Ali Baba pour libertine esseulée. Sur le plateau de verre de la table basse, une douzaine de godemichets de tous formats, des plugs et des œufs futuristes, des canards vibrants encore dans leur boîte et un peu plus loin sur une banquette, trois hommes souriants en costume impeccable.

Une jeune femme joviale au masque doré se lève dès son arrivée pour l’accueillir avec bienveillance.

—     Bonjour Julie ! Je m’appelle Flore et je suis là pour vous assister au cours du premier défi de cette journée. Vous allez devoir faire un choix, un peu comme dans ces romans dont le lecteur est le héros, mais aussi comme dans la vie où choisir, c’est renoncer. Vous allez donc devoir choisir un et un seul de ces sex-toys qui sont tous à consommer sur place et à emporter.

—     Et eux ? demande Julie interdite sans oser montrer du doigt les trois hommes placides.

—     Je vous présente Stéphane, Olav et Samuel qui ont postulé au rôle de sex-toy. Aujourd’hui, et exclusivement dans ce salon, ils jouent le rôle d’hommes-objets. Mais avant de faire votre choix définitif, Julie, sachez que vous avez le droit de déballer et de toucher tous ces jouets, ajoute Flore d’un ton évasif.

Julie sent son cœur s’accélérer et la rougeur lui monter aux joues. Elle n’ose pas regarder les trois hommes qui la scrutent avec un mélange de défi et de bienveillance, et pour se donner une contenance, elle prend dans sa main un rabbit à tête chercheuse et aux oreilles vibrantes, un classique du genre toujours aussi efficace. Elle s’imagine l’ombre d’un instant se masturber là, sur la banquette, face à ces trois hommes qu’elle épie du coin de l’œil, un brun ténébreux, un grand blond longiligne et un black musculeux. Tous portent des masques qui leur cachent la moitié du visage, mais elle aurait bien sûr reconnu Jérôme au premier coup d’œil s’il avait été présent.

Julie repose le vibromasseur et attrape un bijou d’anus en inox dont le cristal ne reflète pas seulement la lumière ambiante mais s’illumine dès qu’elle l’a pris en main. Son téléphone vibre aussitôt et Julie voit alors s’y afficher la notice virtuelle de ce plug anal high-tech, vibrant avec plus ou moins d’intensité selon un curseur sur l’écran de son portable. Amusée et quelque peu rassurée elle ose maintenant observer plus franchement les trois hommes. Le grand blond n’est pas trop son genre mais le brun quadragénaire à barbichette n’est pas dépourvu de charme. Quant au noir aux épaules de déménageur, ce serait l’occasion de l’essayer.

Puisqu’elle a le droit de déballer et de toucher, Julie prend un petit canard rose, en défait le blister, et tout en réfléchissant au meilleur choix à faire, elle constate que le canard réagit comme le bijou d’anus. Parmi ses rivales du jour, les amantes potentielles qui ne connaissent pas encore Jérôme pourraient choisir un des hommes-objets en imaginant qu’il est parmi eux. D’autres plus malines penseront que c’est trop facile, que les défis vont s’échelonner toute la journée et qu’il faut donc choisir l’objet avec lequel pourrait jouer Jérôme, auquel cas ces sex-toys sont les plus prometteurs. Julie, plus avisée encore, n’ose imaginer le nombre de redoutables rivales à affronter et d’épreuves à surmonter pour jouir ce soir de son amant, alors qu’elle pourrait bien en profiter ultérieurement. L’idée de passer sa nuit d’amour les yeux dans les yeux d’un canard vibrant, fut-il de la dernière technologie, l’excite moins que de tenter l’aventure avec un des hommes-objets, dont elle pourrait d’ores et déjà jauger les capacités, voire plus si affinités.

Sans même s’en rendre compte, Julie a fait un signe du doigt à Stéphane, le brun ténébreux qui se lève aussitôt pour s’asseoir auprès d’elle en lui décochant son plus beau sourire. « Vous permettez ? » lui demande Julie d’une petite voix en le dévisageant de ses grands yeux marrons, avant de l’embrasser, timidement d’abord, et puis langoureusement tandis que l’homme-objet s’enhardit à son tour. Une main sur son épaule, l’autre sur sa poitrine qu’il caresse tendrement, il commence à défaire les boutons de sa robe sans cesser de lui baiser voluptueusement les lèvres, il plonge sa main dans l’échancrure, palpe un sein dont la pointe durcit sous ses doigts conquérants, et lui dégrafe le soutien-gorge avec l’habileté d’un prestidigitateur. Prise dans la valse sensuelle dont ce charmeur marque le rythme, Julie parvient à se reprendre à temps. Elle se relève d’un coup pour échapper au tourbillon, repousse Stéphane sur la banquette, écarte les cuisses de l’homme interdit, puis fléchit lentement les genoux, offrant à Stéphane une vue plongeante sur la brèche de son décolleté, pour atteindre la bosse qui déforme le pantalon du séducteur patenté. D’une main experte, Julie jauge à son tour l’engin prometteur au travers du tissu. Son choix est fait : Mieux vaut tenir que courir.

C’est Noël avant l’heure ! Puisqu’elle a la permission de déballer tous les jouets, Julie a bien l’intention d’en profiter pleinement. Elle se relève sans la moindre hésitation, abandonne Stéphane à son érection inassouvie et marche d’un pas souverain vers Samuel, l’homme-objet à la peau d’ébène et à la carrure athlétique.

Elle s’assied sur ses genoux comme sur un trône et l’embrasse en terrain conquis. Cet homme n’inspire pourtant pas la soumission, ni même la passivité, mais l’assurance de la force tranquille. Il se laisse embrasser, et même fouiller la bouche, avec la confiance du mâle qui n’a pas besoin d’afficher une virilité ostentatoire. Peut-être est-ce cela qui excite autant Julie, ce qui la pousse à se mettre à califourchon sur les genoux de Samuel au point que sa robe remonte jusqu’à la lisière de ses bas. Ses mains fébriles défont les boutons de la chemise de Samuel dont la blancheur offre un beau contraste sur le torse large aux poils crépus et aux tétons sombres. Son parfum musqué donne à Julie des envies carnassières de morsures et de suçotements sur les épaules puissantes. Sans plus de réserves qu’un mec en manque, elle plaque la paume de sa main entre les cuisses de celui qu’elle a choisi, déboutonne la braguette, enfouit sa main dans l’antre obscure et sort l’objet de sa convoitise.

Samuel a l’érection désinvolte. Il bande sans excès. Sa verge ample et lourde entre les doigts de Julie a de quoi la satisfaire, sans pour autant lui apparaître énorme, mais c’est paradoxalement sa fermeté nonchalante qui rend Julie folle de désir. Voilà que la reine de la fête s’agenouille au pied de son valet. Elle ressent le besoin impérieux d’avoir son gland en bouche, d’en respirer le parfum au plus près, d’en saisir la texture sous la langue. Elle embouche le gland circoncis dès qu’il est à sa portée. C’est dans le palais de Julie qu’il révèle sa majesté. Quand elle le recrache enfin, tout luisant de salive, la verge flegmatique s’est muée en érection impétueuse. Julie joue un moment avec les couilles, les hume et les suçote tout en branlant le barreau d’une main et en se caressant la vulve de l’autre, constatant l’inondation et l’urgence du besoin. Elle emportera Samuel avec elle, mais répondre à l’appel de son sexe gorgé de désir est un irrésistible impératif.

Elle monte sur la banquette, à quatre pattes. Elle n’a pas besoin d’en dire plus. Samuel déroule un préservatif tout au long de son érection, trousse la robe, ouvre les fesses, commence à masser la vulve mouillée de la pointe du gland pour la prendre en levrette progressivement, quand en un tournerein Julie s’empale sur toute la longueur du membre, d’un seul coup à s’en faire mal. Le souffle coupé, elle regrette aussitôt d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre. Samuel la saisit instantanément par les hanches pour la limer vigoureusement. Ses couilles battent en cadence sur son clitoris tendu. En apnée, Julie réalise qu’elle a le visage sur les genoux du grand blond, et après avoir repris son souffle en gémissant, elle ouvre la braguette sous pression du Suédois. Samuel accélère la cadence, Olav a le sexe dur comme du granit de Fjord, et sans une pensée pour Jérôme ni la rivale avec laquelle il passera la nuit, elle s’écrie vers Flore dans un geignement extatique « J’ai droit à un échantillon gratuit ? »

Nouvelle de Vagant, auteur de Sans vain coeur ni vain cul et du blog Extravagances.

Il a déjà écrit A force de céder sur les mots pour Nouvelles Erotiques.

Illustration : Copyright Egon Schiele