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La robe des feuilles d'érable du Kansaï

La robe des feuilles d'érable du Kansaï

Publiée le 15 février 2019  

    Kiyo repose son bol à thé sur le plateau, à côté de celui de Suko. Son regard se détourne vers le sac de chanvre, posé dans un coin du tokonoma.

    – Que caches-tu à l’intérieur ?

    – Oh... quelques cordes, rien de plus.

    Son sourire s’étire, petit trait cintré entre ses pommettes qu’Etsuko lui connaît si bien.

    – Des cordes... et que veux-tu en faire ?

    – J’ai rencontré un homme, Shikuza Eitarō, qui les utilise d’une façon...

    – Dis-moi plutôt ce que tu as en tête.

    – Il connaît un agent de la force publique, qui lui a montré les différentes façons d’attacher un prisonnier. Le fonctionnaire fait partie de l’école Agawi. Ses disciples, à ce qu’on dit, sont passés maîtres dans l’art du Zainin Shibari.

    – Et pourquoi me dire tout ça Kiyomori-Han... tu veux m’attacher ?

    … et que feras-tu après ?? Tu me mèneras par la corde devant le seigneur. Ce n’est pas très malin, Baka !! Tu seras flagellé aussi... Mutchiuchi, même si tu travailles pour le bras du Daimyō.   

    – Eitarō s’est approprié certaines techniques de l’école, leur façon de nouer les nawa (corde). Il exerce son talent sur les femmes qu’il rencontre. La contrainte devient alors le centre de leurs jeux.

    – Leurs jeux ?

    – Tu as très bien compris mon amour.

    – Oui, tu veux m’attacher... comme une vulgaire prisonnière.

    – Non, comme une aimée, qui me serait offerte.

    Etsuko dévisage son amant. Elle sait qu’elle se donnera ce soir à lui, en son for... sait qu’elle sera sienne, attachée ou pas.

    Kiyomori sans un mot se lève et se dirige dans le coin du tokonoma, saisit le cou du sac et se pose sur ses articulations derrière Etsuko, assied la balle à côté de sa jambe pliée. Une petite voix agenouillée le questionne :

    – Je ne t’ai même pas demandé comment tu as fait pour venir ?? Aucun convoi n’emprunte les chemins. 

    – À croire qu’il reste quelques hardis... j’arrive d’Akō. J’ai profité du chargement d’un marchand d’étoffes pour faire le voyage. La route était, sous son berceau, praticable ; un chemin défendu de pierres plates, qui ne boit que très peu l’eau. Les bœufs se sont bien enlisés deux ou trois fois à découvert, mais s’en sont sortis sous les harangues du marchand ; une chance.

    Kiyo défait le nœud ficelé du sac et ouvre son col. 

    – Ohh, et tu es venu pour moi Kiyomori-Chan ? 

     … si tu dis non, c’est moi qui vais t’attacher avec tes cordes et te jeter ficelé devant ma porte.

    Sans rendre un mot, son visiteur du soir extirpe trois cordes et les enroule en serpents sur le sol.

    – Bah, j’ai de tout temps adoré voyager sous des trombes d’eau, ballotté sous une bâche humide, l’odeur musquée et trempée d’un wagyu (bœuf japonais) repoussant mes narines. Tu devrais le savoir.

    La tenaille d’un pincement fait sursauter Kiyo, et chasse d’un mouvement sa cuisse sur le côté.

    – Ce n’est pas ce que je veux entendre Baka !!

    Suko se radoucit et file une main en arrière, sur la cuisse de son amant, à l’endroit où ses ongles se sont refermés.

    – Tu restes quelques jours ?

    – Je repars avec le marchand dès que la pluie le voudra, il va jusqu’à Takasago. Il nous faut encore attendre car la route, aux dires des uns, n’est pas praticable à partir d’Himeji. Je dois m’y rendre pour m’entretenir avec Mōri Toshimichi. Je profiterai pour une bourse de mon (pièce en cuivre frappée d’un trou carré en son centre) de son transport.

    Les mains de Kiyo, studieuses, étirent une longueur de corde.

    – Je veux lui présenter Eitarō.

    – Ah, ton maître des cordes !! Humff, et il est où en ce moment ??

    – Nous le prendrons quand nous nous arrêterons à Himeji. Le marchand est d’accord, j’ai dû rallonger quelques mon.

    – Hum, je vois que tu as tout prévu. C’est à se demander si c’est vraiment pour moi que tu es là.

    Kiyomori ne relève pas le commentaire, et calmement distend les tresses dédoublées de la corde, fait passer celle-ci entre ses doigts jusqu’à sa boucle.

    – Eitarō lui fera une démonstration, nous demanderons la participation d’une de ses servantes. Crois-moi, je l’ai vu à l’œuvre, et ce qu’il fait avec ses cordes devrait beaucoup intéresser Mōri Toshimichi. 

    – Le bras sera content, et ensuite ? Tu auras droit à quelques compliments, tout au plus.

    – Eitarō lui jouera le grand jeu. Après ça, s’il n’est pas conduit devant le seigneur...

    Tout le monde sait que le Daimyō aime à s’entourer de compagnie, et qu’il affiche en privé certains penchants. Quand il verra ce dont est capable Eitarō, ses concubines entravées dans des positions dont il déliera le secret... Si la représentation plaît au Daimyō, Mōri Toshimichi nous récompensera tous les deux. 

    Il y a trop longtemps que je n’ai présenté quelqu’un Suko ; s’il prenait au bras de perdre patience. Eitarō est une providence.

    – Tout ce petit monde... et moi dans tout ça ?? Ne suis-je là que pour compter le temps ?? En attendant que la pluie cesse et que tu files au train des bœufs.

    La main d’Etsuko empoigne le sexe de Kiyo, le fait coulisser entre ses doigts.

    – Ouuuhh, non ma douce.

Quand je me suis retrouvé coincé à Akō, sachant Tatsuno à portée de roue, j’ai tout fait pour trouver chand prêt à prendre la route. Il n’en était pas un pour vouloir courir le risque. J’ai dû attendre des jours avant de rencontrer ce marchand. Il connaissait un chemin, s’enfonçant sous un couvert, pouvant tenir l’empan d’un chariot pas trop large, qui selon lui ne serait pas noyé sous la boue. Et comme il avait une commande importante à livrer à Takasago, et que je lui offrais un joli faix de mon... il a décidé de s’avancer un peu.    

C’est à toi que je pensais Suko... j’ai payé rondement ce marchand.

    – Oh Kiyo-Pôn !! Et à défaut de mon, te voilà avec un chapelet de cordes.

    Le sourire mutin d’Etsuko se tourne, se ravise à la vue des torons tendus. Son amant, sans un mot, glisse ses mains sous ses aisselles et tire deux raies par-dessus ses seins. Suko sent le haut de sa poitrine se serrer quand Kiyo ferre et réarme ses bras en avant. Il repasse dans la boucle, prend son encoche et trace un trait double, marqué d’un suivant, sous le rebond de ses seins. La corde serpente dans les anses, se bande sous ses gorges blanches. Elle ne le voit pas, observe le ballet de ses mains, éprouve l’attouchement constricteur du taima. Le nœud conclu dans son dos, la corde chevauche son omoplate, dévale et pique entre ses seins, ramasse le quatuor lacé sous sa poitrine avant de remonter sur son épaule opposée et disparaître derrière. Kiyomori conduit la corde dans les lacets avant de lever une boucle sous la croisée et s’insinuer à l’intérieur. Il tire un coup sec et fort, puis enroule le cordage autour des bretelles se rejoignant. À chacun des tours, celles-ci se resserrent, scellant un peu plus le corset de chanvre. Il finit par un nœud simple, laissant deux queues de corde penduler. 

    Suko essaye de gonfler son buste, mais les cordes passées autour et entre ses seins l’en empêchent. Kiyomori fouille dans le fond du sac et en retire une fiole d’une teinte vert foncé. Il ouvre le bouchon et verse un petit ru opaque dans le creux de sa main. Il laisse filer la corde entre ses doigts, fait aller et venir sa main sur une courte longueur. Il arrête un nœud sur le toron du haut et descend la corde entre les fesses assises de sa promise. Etsuko sent un frisson grimper le long de son échine. Oui... Kiyomori n’en a pas encore fini.

    Il immisce la corde entre ses cuisses, la loge dans la faille brunie de ses fesses et plaque les tresses entre les plis de ses petites lèvres. Suko rend un souffle intérieur en sentant les torsades se presser contre sa vulve. Elle ne cille pas, cambre timidement son derrière. Kiyomori se place face à elle et tire les deux raies vers le haut. Il se croche sous sa poitrine et tend sèchement la corde vers le bas, avant de croiser les deux longes sur la jonction du harnais et conclure par un nœud très serré. Il toise Suko en redressant le tronc, admire le chemin des cordes, son tableau geôlier, les fibres bandées sur sa peau.

    – Ça serre Kiyomori-Han !

    – C’est voulu ma douce ; la contrainte fait partie de ce jeu. 
    Maintenant, tu vas te mettre à quatre pattes, ta tête tournée sur le sol.

    – Voilà qui est très vilain Kiyo, je suis toute attachée. »

    Etsuko se place sur ses mains et genoux, abdique sa tête et couche son visage sur les lattes, son corps à cheval sur le tatami. Kiyomori renchérit :

    – Tends tes deux mains derrière.

    Elle joint ses bras en arrière, sur la pente de son dos. Kiyomori attrape une corde raccourcie et, rapprochant ses poignets, les enserre dans une tête d’alouette, enroule deux tours et forme une boucle par-dessous. Il engage la corde à l’intérieur et tire un grand coup, resserre les deux parties... examine, une fois fait, ses menottes attachées. Naoie Etsuko s’infléchit silencieuse, dans une profession soumise.

    Kiyomori rompt à genoux derrière ses cuisses, ses mains s’avancent et caressent ses rondeurs. Comme il aime sentir entre ses doigts leur chair adipeuse, l’arc bombé de ses fesses, leur tissu qui s’enfonce et s’ouvre. Il les écarte, découvre les signets de chanvre jumelés. Il empoigne la corde et la tire vers le haut, la fait lentement coulisser entre ses fesses. Suko réagit aussitôt, la corde frottant sur sa muqueuse, évince un soupir. Oui, la fiole... l’huile enduite sur les brins pour agrémenter son passage. Ses perles naissantes se mêlent invisibles à l’huile de graines de chanvre ointe sur les torons. Kiyomori resserre son œuvre ; la voix de son aimée s’élève. Il s’approche au-dessus de sa geste et argue son sexe, l’abdique sur ses doigts réunis. Suko referme ses mains sur son membre chaud, caresse sa veine. La corde tendue s’ébat sur sa variation lubrifiée. Ses pommettes exhaussent deux petites aréoles, elle regorge un soupir, le théâtre de son plaisir sévissant dans son val. Kiyomori goûte une dernière fois à l’attouchement de ses doigts, puis repose la corde dans le sillon de sa raie. Il saisit chacune des cordes et écarte, avec ses mains, les deux torons, les éconduit – en prenant soin de ne pas blesser ses lèvres – de chaque côté de sa fente. Son regard se lève sur son Shibari-Sensei... Suko sent la raideur d’un sexe entrer dans son aven étroit.

    Sa bouche s’entrouvre, sa respiration s’épaissit, elle ressent sa présence. Son souffle cabane sur le tatami, elle clame un plaisir transgressé, le doux supplice d’être prise, pénétrée sans le secours d’un mouvement, dans son plus fermé et farouche orifice. Kiyo écarte ses fesses et approfondit son exploration, investit ses entrailles. Il referme ses doigts, tire sur le nœud surhaussé. Le visage de Suko obéit à son injonction, se soulève de la natte, encouragé par les cordes. Kiyomori assujettit son anus, son corridor gardé. Sa captive s’appesantit sur ses genoux ; elle anhèle, sa station culbutée par des assauts arrière. Elle consent, son tréfonds assiégé, son plaisir soumis à terre. Il la possède sur la natte en jonc tressée, force ses ruades en tirant sur la croisée des cordes. Ses coups véhéments claquent contre sa peau. La bouche de Suko se desserre, ravale un doux déchirement, une investiture dans son noir abîme.

    – Ouiiiiiii Kiyo !!!! Ohhhhmmmmmmmmnnnnnnnn. »

    La queue de son amant la pourfend, lève le siège d'Osaka, nourrit la rébellion de Shimabara. Sa paroi enténébrée s’écarte contrainte, appelante, enhardit ses doléances. Elle regorge chaque enfoncée d’un petit cri souffrant, étrangle un souffle... avant que le corps de Kiyomori ne rompe. Il s’immobilise sur son corset de chanvre, son lustre transpiré, prend appui sur ses bras pour se redresser. Il caresse la peau cuivrée de ses fesses, mordorée sous l’éclairage (un andon, et son cadre en bambou drapé de papier ; un ariake-andon, posé dans un coin du tokonoma, et ses formes découpées figurant les trois phases de la lune), laisse aller et venir son bâton... ralentit enfin. Un contingent de sueur défile sur son torse, la position pénitente, obéie d’Etsuko s’offre à sa vue... devant les oni et le kappa. 

    Elle relâche son souffle, sa respiration ; Kiyo se retire. Il exerce deux foulées, se penche et ouvre un petit coffret en bois et son couvercle coulissant, attrape à l’intérieur le kaiken de Suko. Il sait bien sûr qu’elle le range là... revient sur ses pas et tranche d’un coup de lame le doublet de cordes comprimant les plis de son entrejambe. Il se déporte sur son côté, commence à défaire le nombre des nœuds. Sa muse ne bouge pas, expire une aria vaincue ; son visage couché défie le sexe pendant de Kiyo. Tandis qu’il dénoue patiemment les cordes, elle ouvre sa bouche et agace avec sa pointe le renflé de cette verge aventureuse. Un passement de chanvre entre ses doigts, Kiyo la regarde, laisse serpenter la corde sur le sol, puis cale sa paume sous son sein et l’aide à trouver une pose agenouillée. Ses gestes l’entourent, libèrent les matons de sa poitrine, délivrent ses épaules. Quand le dernier toron tombe sur le tatami, il appose ses mains sous les bras d’Etsuko et l’invite à se lever. Détendant ses muscles fourmillants, elle se relève, son sang circulant se blottit sans un mot contre le torse suintant de son amant, verse sa tête contre sa poitrine. Il conduit sa main dans sa herse défaite ; sa voix souffle dans le centon de ses cheveux.

    – Je vais installer le lit si tu veux.

    Kiyomori descend son visage, Etsuko monte son blanc minois, s’apprête à répondre quand...

    – Tu entends ?

    – Quoi ?

    Elle s’immobilise, prête une oreille fugitive.

    – Je reviens.

    Kiyomori descend la petite hauteur du tokonoma et se dirige vers l’oshiire, ouvre la porte coulissante et emporte sous un bras le tatami, sous son autre le shikibuton, tous deux pliés dans le placard. Il déroule la natte à terre, en regard du feu, puis la recouvre avec le matelas. Il s’approche de la flambée domestique, ramasse un fagot serré d’hinoki et le dépose dans la nourrisse du feu, sur le lit pâlissant des braises. Les flammes sitôt se réveillent et crépitent, se repaissent de cette nourriture fraîche. Kiyomori s’allonge sur la couche, couvre le bas de ses jambes avec le drap de coton, observe Etsuko devant le cadre de la fenêtre. Son envers nocturne, ses petits reflets lutins, le tableau mouvant renvoyé par les ondulations du feu. Elle relaxe le treillis en bambou et marche son pas nu vers le lit agencé sur le sol, s’allonge aux côtés de Kiyo et se pelotonne dans ses bras. Suko verse un œil assombri, se serre fort contre lui. Son visage Antigone, ses lèvres trahissent : « il ne pleut plus ». 

    Une flamme rebelle s’emporte d’un coup...

***

Un immense merci à Christophe Lliann pour ce nouveau récit confié à notre site Nouvelles Erotiques.
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